Violences sexuelles : pourquoi les victimes gardent le silence ?

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La parole se libère depuis la profusion du mouvement #MeToo*. Les femmes victimes de violences sexuelles se manifestent et de nombreux masques tombent. Néanmoins, en France, 9 victimes sur 10 ne porteraient pas plainte. Une étude parue récemment nous explique ce chiffre déroutant.

Agressions sexuelles, violences, harcèlement, sexisme… Le mouvement #MeToo, qui a vu le jour après l’affaire Weinstein, a permis à de nombreuses victimes de trouver la force de dénoncer ce qu’elles ont subi. Pourtant, elles sont encore nombreuses à se taire. En novembre 2017, la consultation citoyenne engagée par Marlène Schiappa sur les violences faites aux femmes démontre que la majorité des victimes de violences ne portent jamais plainte : 9 femmes sur 10, d’après les chiffres du Ministère de l'Intérieur. Le 8 janvier 2019, Succeed Together, spécialiste dans le traitement automatique du langage naturel, vient de publier une étude sémantique, dédiée aux violences et harcèlement sexuel. Elle nous dévoile les principales raisons du silence des femmes victimes.

20 % des victimes citent « la honte »

Sans grande surprise, c’est la honte qui freine la plupart des victimes violences. « La honte de sembler impuissante et s’être fait avoir » développent certains parmi les 5500 sondés, qu'ils soient hommes ou femmes. D’autres encore parlent de « honte à se sentir incomprise ». Certaines personnes ont tendance à rejeter la faute sur les victimes, en insinuant qu’elles auraient dû adopter tel ou tel comportement. En vérité, personne ne peut les comprendre et se mettre à leur place. Et c’est en transformant les victimes en coupables qu’on les empêche de parler.

La peur des représailles

Il arrive que les représailles effrayent encore plus que l’agression en elle-même. On pense aux nombreuses femmes victimes de violences conjugales qui craignent pour leur vie au quotidien. « De nombreuses personnes considèrent qu’une femme victime de violences par son conjoint est censée partir et porter plainte, affirme le Dr Muriel Salmona, psychiatre et Présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie. C’est faire l’impasse sur la réalité de l’enfer qu’elles vivent, sur la gravité des menaces qui pèsent sur elles, sur les nombreuses stratégies des conjoints violents qui organisent leur emprise ». En effet, 9 % des sondés par dénoncent le risque de « pression et intimidations » qu’elles encourent. Ces dernières affirment « ne pas se sentir protégée ». En outre, 8 % des personnes interrogées craignent une vengeance de la part de l’agresseur ou tout simplement le tournant judiciaire que peut prendre leur agression si elles parlaient. « Parler, c’est s’exposer, prendre un risque, s’engager dans un combat que certaines ne sont peut-être pas prêtes à mener », expriment certains à travers l’étude.

La peur du regard des autres

Autre frein majeur à la parole des victimes : les autres. La « peur de passer pour des filles faciles », les jugements et la pression sociale va concerner 8 % des sondés. D’autres ont simplement peur de ne pas être prises au sérieux : 7 % imaginent « qu’on ne les croira pas », notamment la police, qu’elles accusent de « non confiance envers les femmes ».

Les doutes sur l’aboutissement de la plainte

D’autres représailles peuvent envahir l’esprit des victimes de violences sexuelles. La culpabilité est responsable de leur silence pour 5 % d’entre elles : « le sentiment d’être en partie responsable », peut-on lire au sein de l’étude. Dans le cadre d’un harcèlement ou violences survenues sur leur lieu de travail, la crainte des victimes prend davantage d’ampleur. « La peur de perdre son emploi, la peur de la hiérarchie ou de voir sa carrière ralentir » va freiner la parole des victimes. Enfin, l’inefficacité des dépôts de plainte n’aide pas les victimes à parler. Elles sont plusieurs à parler de leur doute sur l’aboutissement de la plainte et d’autres citent la « faible sanction judiciaire » qu’encourt leur agresseur.

*#MeToo est un mouvement international datant d'octobre 2017, visant à dénoncer les violences faites aux femmes. Il est survenu suite aux accusations de cette nature portées à l'encontre du producteur américain Harvey Weinstein.