Violences obstétriques : «Je ne suis jamais retournée chez un gynéco et je n'en retrouverais pas la force»

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Injonctions culpabilisantes, examens brutaux, paroles déplacées, humiliations… Pour certaines femmes, les consultations médicales ont tourné au cauchemar. Oui, le sexisme a la peau dure et le domaine médical n’est pas épargné. A l’occasion de la journée internationale de la femme, on brise le tabou et on vous livre les témoignages de 7 patientes.

Alors que les femmes sont à l’honneur en ce 8 mars, on se penche sur les violences et préjugés sexistes qui sévissent en consultation. Car c’est un fait, la médecine n’échappe pas au sexisme. En particulier les consultations gynécologiques, exclusivement destinées aux femmes. Ces dernières sont de plus en plus nombreuses à briser le silence. On vous livre leurs témoignages.

« Il m’a fixé pendant 30 secondes, puis il me lance un ‘déshabillez-vous’ »

« Il ne m’a pas dit bonjour lorsque je suis entrée dans son cabinet. Le médecin me fixe pendant 30 longues secondes avant de me dire sèchement ‘déshabillez-vous’. Il m’a demandé de me pencher en avant. Il s’est positionné derrière moi et est resté très proche de mon corps, à le regarder pendant un petit moment. J’étais en string… Quand je suis ressortie, la secrétaire me demande pleine de compassion si ça allait. A croire qu’elle savait… »

Laura, 18 ans

« Le médecin m’a traité d’égoïste »

« J’avais choisi une IVG, parce que je n’avais pas terminé mes études et surtout, cela faisait à peine quelques mois que j’étais avec mon copain. Le médecin m’a répondu que j’étais une égoïste. Je me suis énervée et je lui ai demandé au regard de qui ? De la planète où nous sommes trop nombreux ? Au regard d’une femme qui ne peut pas en avoir et à qui je serais obligée de faire ce cadeau ? Il a haussé les épaules, a bougonné un truc et m’a programmé mon rendez-vous. »

Maryline, 25 ans

« Si vous êtes fragile, consultez un psy !, me lance le gynéco »

« Je consulte parce que j’essaye d’avoir un enfant depuis presque six mois et que ça ne fonctionne pas. Avec mon compagnon, on a acheté des tests d’ovulation et on a l’impression de faire tout ce qu’il faut. Le gynéco que j’ai choisi – sur recommandations- m’explique qu’à 39 ans, il y a peu de chance que ça marche tout seul. On va sans doute devoir passer par un traitement de PMA, me dit-il. Je ne m’y attendais pas du tout, mon mari me prend la main, je pensais qu’une petite stimulation suffirait. Les larmes me viennent aux yeux parce que j’imagine tout de suite les traitements lourds et difficiles à supporter. Et là, le gynéco me lance sans sourciller : ‘alors on va tout de suite clarifier les choses, moi, je ne suis pas psychologue. Je suis là pour vous dire la vérité ! Si vous êtes fragile, consultez quelqu’un’. »

Catherine, 39 ans

« J’avais beau crier que je sentais tout, il s’en moquait »

« On m’avait fait une péridurale, mais j’avais un mal de chien. Quand je poussais, je sentais les contractions, quand le bébé est sorti, j’ai eu tellement mal que j’ai hurlé. Le gynéco m’a dit : ‘bon, il faut se calmer quand même !’. Il s’est mis à me recoudre parce que j’avais une déchirure, la douleur était insupportable, je l’ai supplié d’arrêter, mais il m’a dit : ‘ça commence à être pénible, vous êtes anesthésiée’. J’avais beau crier que je sentais tout, il s’en moquait. Je ne suis jamais retournée chez un gynéco, et je ne suis pas certaine que j’en trouverais la force un jour. »

Maria, 32 ans

« C’est vous la maman qui ne veut pas allaiter ? »

« Je n’ai jamais eu envie d’allaiter, je ne peux pas dire pourquoi, et lorsque j’ai appris que j’attendais des jumeaux, là, j’ai vraiment été sûre de mon choix. Je ne me voyais pas donner le sein à deux bébés en même temps. J’avais besoin que mon conjoint m’aide. Après la naissance des enfants, la sage-femme des suites de couches est rentrée comme une furie dans ma chambre et m’a demandé : ‘c’est vous la maman qui ne veut pas allaiter ?’. Puis elle m’a tendu un comprimé et un verre d’eau. ‘Vous avez pensé à votre bien-être avant de penser à la santé de vos enfants. Dès que vous pourrez vous lever, on vous apprendra à donner des biberons’, a-t-elle ajouté ».

Lamia, 38 ans

« Vous êtes toutes les mêmes avec vos désirs d’indépendance et de libération de la femme»

« J’ai consulté le gynéco d’une copine. Il était spécialiste en reproduction. A l’époque, je voulais seulement me rassurer sur ma capacité à tombe enceinte. J’avais 37 ans et j’étais célibataire. Je lui demande s’il pouvait me prescrire des examens. Il me lance : ‘Mais trouvez-vous un mec plutôt !’. Puis il ajoute en ricanant : ‘Vous êtes toutes les mêmes avec vos désirs d’indépendance et de libération de la femme. Et après, quand il est trop tard, vous venez pleurer dans mon bureau !’. »

Julie, 37 ans

« On m’a fait une épisiotomie sans m’en informer »

« Pour ma part, j’ai eu deux sages-femmes au top. La seule chose que j’ai à reprocher, c’est l’épisiotomie qu’on a pratiqué sur moi sans m’en informer. J’ai dû poser la question pour être enfin au courant. C’est vrai qu’on entend toujours ‘le plus important, c’est que le bébé soit en bonne santé’. Mais la prise en charge de la mère est tout aussi importante. Elle est pourtant relayée au second plan et nous fait souvent ressentir l’impression qu’on est juste des utérus et des vagins sur pattes. »

Marie, 35 ans

Ces témoignages apportent une vision partielle de la réalité du monde médical, qu'il n'est donc pas question ici d'incriminer dans sa globalité. Pas plus qu'il n'est question de remettre en cause l'importance d'un suivi médical régulier.

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Vis ma vie avec un utérus, Emmanuelle Friedmann, éd. Pygmalion