Violences conjugales: UN signe qui ne trompe pas

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Comment demander de l’aide lorsqu’on a pieds et mains liés ? Comment se faire comprendre alors qu’on ne trouve pas les mots ? Pour certaines femmes sous l’emprise  d’un homme violent, parler relève de l’impossible. Aujourd’hui, un code de détresse tente de se faire connaître et pourrait bien changer la donne.

Les violences conjugales sont, comme toutes les violences, intentionnelles. Elles sont exercées par un partenaire au sein d’une relation de couple et touchent dans 82 % des cas les femmes*. Elles se manifestent par un processus au cours duquel un partenaire ou ex-partenaire adopte des comportements agressifs, violents, voire destructeur à l’encontre de l’autre. Les violences conjugales touchent toutes les sphères de la société, à toutes périodes de la vie. « Aujourd’hui, elles sont trop souvent banalisées et sont associées à l’amour-passion, confondu avec l’emprise et la possession », estime le Dr Muriel Salmona, psychiatre. Pour de nombreuses femmes en danger, parler de leur quotidien est difficile, voire inenvisageable. Vulnérable et en grande solitude, ces dernières pensent trop souvent qu’elles méritent ce qui leur arrive et que personne ne sera en mesure de les comprendre. Aujourd’hui, un code de détresse tente de se faire connaître et pourrait permettre aux victimes de briser le silence, sans pour autant les mettre en danger.

Un code de détresse pour appeler au secours

Une idée, née en Angleterre en 2015, proposée par une femme, tenant à garder l’anonymat, victime de violences conjugales. Le principe est simple : en dessinant un point noir (avec un crayon de maquillage par exemple) sur la paume de la main, on lance un appel à l’aide pour violences, et surtout, on exprime subtilement une difficulté à en parler librement. S’il est extrêmement difficile pour certaines femmes sous emprise de se confier sur ce qu’elles traversent, le point noir est un moyen efficace d’envoyer des signaux à son entourage, proche ou non. Pour que ce mouvement puisse devenir populaire en France, il faut que les femmes françaises le connaissent. Depuis le 25 novembre, journée dédiée à la lutte contre les violences faites aux femmes, chacun est invité à relayer ce code de détresse. En Angleterre, ce mouvement appelé la « Black Dot Compaign » a déjà permis à 50 femmes de briser le silence. En France, il est représenté par #lepointnoir.

On me montre le point noir, je fais quoi ?

« Comprenez d’abord que cette personne place une grande confiance en vous, précise le site de la campagne #lepointnoir, mis en place par une Française, Alice Lepers. Ce point noir exprime une difficulté à aborder le sujet. Il va falloir être celui ou celle qui crée le climat de la parole facile ». Tentez d’organiser un rendez-vous subtilement, afin de pouvoir échanger avec cette personne seule à seule et aborder le sujet. Le mieux sera alors de l’orienter vers des associations ou services compétents. « Prenez en compte que la personne peut changer de point de vue sans préavis », alerte le mouvement soutenu par le Planning Familial, l’association Parler et le secrétariat d’Etat chargé de l’Egalité entre les femmes et les hommes. Si vous ne parvenez pas à vous retrouver seul avec la victime, proposez-lui par téléphone de contacter de votre côté les services compétents, mais n’agissez pas sans son accord. Le numéro national dédié aux violences est le 39 19 (numéro national gratuit). Vous ne serez pas dans l’obligation de dévoiler l’identité de la personne, mais vous obtiendrez des conseils sur le comportement à adopter et les démarches à suivre.

Pourquoi les femmes victimes de violence ne quittent pas leur conjoint ?

« De nombreuses personnes considèrent qu’une femme victime de violences par son conjoint est censée s’opposer, partir et porter plainte dès le premier coup, affirme le Dr Muriel Salmona, psychiatre et Présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie. Si elle reste de nombreuses années à subir les violences sans les dénoncer, ni fuir, cela suscitera des doutes et des incompréhensions de la part de la société ». Ainsi, selon la spécialiste, il est nécessaire de bien comprendre l’impact psychotraumatique dévastateur des violences conjugales sur les victimes, sur leur santé, qu’elle soit mentale ou physique, sur leur souffrance et sur leurs comportements. Penser que la femme est responsable de cet enfer, ou qu’elle ne fait rien pour qu’il cesse revient à adhérer à une culture de la violence qui culpabilise les victimes. « C’est faire l’impasse sur la réalité de l’enfer que ces femmes vivent, sur la gravité des menaces qui pèsent sur elle, sur les nombreuses stratégies des conjoints violents qui organisent leur emprise », ajoute le Dr Salmona. D’après elle, certaines victimes entrent parfois dans un état de dissociation traumatique face à un danger trop important. « Elles n’ont plus de réaction émotionnelle, et sont comme anesthésiées, ce qui les empêche d’agir. Et aussi, partir est dangereux, ajoute la psychiatre. Cela conduit à la dernière étape d’un abuseur après avoir charmé, isolé, puis violenté la victime : la tuer ». Pour rappel, en France, une femme meurt tous les 3 jours sous les coups de son conjoint.

*Plus d’informations sur l’association Mémoire traumatique et victimologie

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