Violences conjugales: «Comment mon prince charmant est devenu un monstre»

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Cette semaine, nous avons décidé de donner la parole à une femme confrontée à la violence de son compagnon. Parce que trop de victimes doivent subir le silence complice de leur entourage, il est essentiel de les écouter. Et de leur dire qu’elles ne sont pas seules.

Comme une femme sur trois en France, Annabelle a été victime de la violence de son compagnon. A 41 ans, cette mère de deux enfants a accepté de se confier sur son histoire, et sur le moment où tout a basculé. « Mon prince charmant est devenu un monstre et a levé la main sur moi », témoigne-t-elle. Aujourd’hui, Annabelle a débuté une psychothérapie et tente de surmonter les conséquences de cette violence qui aura traversé toute sa vie : l’enfant qu’elle était avait déjà subi le tempérament agressif de son père. Aujourd’hui, cette femme courageuse a trouvé la force de briser le silence et de partager son histoire.

« L’espace d’un instant, j’ai cru être la belle au bois dormant »

« ‘Je ne vais pas y arriver !’ J’ai répété cette phrase deux fois, nous confie Annabelle. La première fois, lorsqu’on m’a dit que mon fils ainé avait des troubles de la spectre autistique. La deuxième, quand mon prince charmant est devenu un monstre et a levé la main sur moi ». Maman de deux enfants, Annabelle était célibataire lorsqu’elle fait la connaissance de Thierry. « On s’est trouvé un jour, tous les deux. On a fait une balade en radeau. Un moment après notre rencontre amicale, témoigne Annabelle. Un radeau magique où, l’espace d’un instant, j’ai cru être la belle au bois dormant. Et puis, chemin faisant ; je découvre un homme qui vit sur la même longueur d’onde que moi ». L’idylle dure un an avant de s’assombrir. « Thierry a eu un accident en voiture, dans lequel quelqu’un a perdu la vie. Il a fait trois mois de prison pour cela », raconte la mère de famille. C’est juste après le procès final que le comportement de Thierry change. « La prison a éveillé une colère, une violence en lui… Et puis cette satanée drogue moderne : l’alcool. Mon amoureux, ce soir-là, m’a frappée, se remémore Annabelle. Et juste après cet acte qui me hante encore, je lui ai caressé le dos, le nez en sang ! Comment la main qui m’avait caressée quelques heures avant avait-elle pu me frapper ? ».

« Une fois, ça peut arriver, je me disais »

« Je me suis dit : ‘pas moi’ ! Pas moi, qui aie vécu la violence de mon père envers ma mère. Pas moi, qui aie été justement élevée pour être libre et ne pas vivre cela !, partage Annabelle. La violence, je la connaissais que trop bien ». Grâce aux conseils d’un ami, elle a alors compris que venait le moment de se protéger, et de mettre ses enfants à l’abri. « Il a su me dire exactement ce que je devais entendre à ce moment-là : ‘Met toi à l’abri ! Ce n’est pas de ta faute ! Pense à tes enfants et ceux qui t’aiment !’ ». Une semaine plus tard, Annabelle décide de revoir son homme, espérant une explication. « Je voulais qu’on me rende mon amoureux, confie-t-elle. Il avait ce regard fou, cet air suffisant. Cette émotion aussi, qui me touchait tant. Il m’a d’abord jeté un verre dessus, puis poussée de la chaise. Je voulais qu’il m’explique. J’ai reçu des coups de pied et des coups de poings… ». Hélas, Annabelle, comme beaucoup d’autres, ne portera jamais plainte. « Je n’ai pas réussi. Pour cela, il aurait fallu que j’efface en moi cette honte, ces pleurs, cette peur et cette immense tristesse », confie-t-elle.

« La violence a toujours fait partie de ma vie »

Aujourd’hui, Annabelle est consciente que rien ne justifie la violence. « Peu importe les erreurs que j’ai pu faire. C’est moi la victime ». Un soir, cette pensée l’envahit et la pousse à écrire à son compagnon. « Non pas des horreurs, mais qu’il avait la possibilité de se soigner. Pour ne plus recommencer. Ni avec moi, ni avec une autre. Car la colère, ça se soigne ! », affirme Annabelle. Ce dernier a accepté et se fait aider actuellement. De son côté, Annabelle a également débuté une psychothérapie. « Je me suis rendue compte que la violence a toujours fait partie de ma vie : celle de mon père, face à ma mère. Puis aujourd’hui, celle de mon compagnon.C’est presque un mode amoureux pour moi finalement. Je pense que je dois soigner quelque chose en moi ». Encore en début de thérapie, Annabelle a déjà pris conscience qu’elle n’avait jamais mérité de subir une telle violence et qu’elle était une victime. « Finalement, la chose à retenir est que, l’acceptation est la voie du bonheur ».

Le 3919 - Violences Femmes Info

Numéro d’écoute national destiné aux femmes victimes de violences, à leur entourage et aux professionnels concernés (www.solidaritefemmes.org/)