Troubles bipolaires : « il est arrivé à ma mère de prendre l’autoroute en sens inverse »

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Après avoir grandi aux côtés d’une maman bipolaire, Hélène a dû admettre, elle aussi, être victime de cette pathologie. Travail, vie sociale, couple… Ce trouble entrave sa vie entière. L'écriture l'a aidée à s'en sortir. Cette auteure publiée nous raconte.

La maman d’Hélène n’a jamais dissimulé sa malade à ses trois filles. « A l’époque, on parlait de psychose maniaco-dépressive. Elle enchaînait les crises et les séjours en hôpital psychiatrique. Il arrivait qu’on l’accompagne en consultation. C'était l'occasion d'un voyage à Paris, se remémore Hélène de nombreuses années plus tard. Elle souffrait d'un trouble relativement sévère ; il lui était arrivé de prendre l’autoroute à contre sens, ou de sortir de la maison à moitié dévêtue. Bien souvent, dans le cas des troubles bipolaires, on ne compte plus l’argent. Ma mère achetait n’importe quoi, jusqu'à s'endetter… ». La bipolarité est un trouble de l’humeur, caractérisé par une alternance d’épisodes euphoriques (ou maniaques) et dépressifs, entrecoupés de périodes de rémission plus ou moins longues. Et lors de crises intenses, les patients peuvent avoir un comportement particulièrement exubérant, les mettant parfois en danger. Le trouble bipolaire est une maladie destructrice, 20 % des personnes atteintes décèderaient de suicide. Si la bipolarité n’est pas héréditaire, on observe une prédisposition génétique des descendants à déclarer la maladie.. « Ma mère en avait conscience et pensait, à juste titre, que j’étais celle qui lui ressemblait le plus », affirme Hélène. Sa maman ne se trompait pas. Hélène a été diagnostiquée bipolaire à 30 ans. Elle suit un traitement depuis une vingtaine d’années afin de réduire l’intensité de ses crises. Malgré sa maladie, cette femme, n’a pas renoncé au bonheur. Elle nous raconte son histoire.

« Les phases up peuvent être grisantes, on se sent particulièrement bien et heureux. »

Tout commence par une dépression alors qu’Hélène est âgée de 13 ans. « Rien ne laissait alors entendre qu’il s’agissait de bipolarité à l’époque. J’ai été hospitalisée en pédopsychiatrie durant 6 semaines, nous raconte Hélène. Par la suite, j’ai cumulé les dépressions. Dégoût de la vie, perte de l’appétit, grande tristesse, grosse fatigue, difficultés de concentration à l’école…Les symptômes étaient multiples. J’étais traitée à coup d’antidépresseurs et anxiolytiques ». Mais, jusque-là, aucun signe d’euphorie, les spécialistes avaient donc écarté l’hypothèse d’un trouble bipolaire. «Puis un jour, j’ai fait un accès maniaque. Mon époux m’a incitée à consulter. Mais j’étais dans le déni. Je me sentais tellement bien !, décrit l’auteure. Lorsqu’on entre en phase d’euphorie, on se sent, en effet, particulièrement légère et rayonnante, dans une forme exceptionnelle. Cela se traduit par une excitation inhabituelle, on devient exubérant et volubile. C’est comme si nos facultés se trouvaient décuplées. Mais nous n’avons pas conscience de l’anormalité de notre comportement, nous refusons de l’admettre». Une fois diagnostiquée, Hélène n’a pas eu d’autre choix que d’accepter la réalité. « Par chance, mes crises euphoriques restent assez légères. Depuis 20 ans je suis sous lithium, un traitement de fond qui retarde la fréquence des crises et les atténue », explique la patiente. On ne guérit pas d’un trouble bipolaire. Si le traitement peut réduire les crises, il les élimine rarement totalement. Hélène en subit encore tous les 2-3 ans malgré la prise du médicament.

« La bipolarité est considérée comme un handicap »

En phase maniaque, les bipolaires peuvent avoir un comportement déviant. Ils perdent alors le sens des réalités, mais aussi des valeurs, de ce qui se fait et ce qui ne se fait pas. « Il m'est arrivé de demander un entretien avec la DRH de mon entreprise pour lui demander un abonnement annuel sur Air France (ce que mon poste ne justifiait pas du tout). J’ai aussi exigé un téléphone portable dernier cri, confie Hélène. Je n’étais plus moi-même et avais un comportement inhabituel, qui pouvait surprendre. De nature tranquille et réservée, mon exaltation pouvait alarmer ». Le trouble bipolaire est aujourd’hui considéré comme un handicap. Il peut même donner lieu à un statut de travailleur handicapé. Si Hélène parvient à concilier son trouble avec une vie professionnelle, d’autres patients sont incapables de garder un emploi. « Une phase dépressive peut durer plusieurs mois. Elle implique de longues parenthèses dans une vie, qui nécessitent souvent un arrêt de travail, laisse entendre l’auteure. Je suis éditrice de livres jeunesse, et malheureusement ma bipolarité m’empêche d’avoir des perspectives d’évolution dans la maison d'édition où  j'exerce. Un patron hésite à confier la responsabilité d’un service à une personne qui risque de perdre pied et de s’absenter plusieurs mois… ». La vie professionnelle n’est pas la seule  sphère entachée par la maladie. En famille, Hélène doit aussi faire face l’incompréhension. « Ils ont envie de m’aider, mais ils ne savent pas comment. Au début, ils ont dû supporter mon agressivité, car, refusant ma maladie, j’étais sur la défensive dès que l’on abordait le sujet. De nombreux bipolaires rompent les liens sociaux et se coupent du monde. Face aux déviances durant les crises, il arrive que l’entourage se détourne du patient, par peur ou simplement par incompréhension. », raconte Hélène.

« L’écriture, une thérapie »

« La bipolarité est souvent une maladie honteuse, que l'on cache. Même si les choses ont évolué, toutes les maladies mentales sont tabou et les patients en souffrent. On perd aussi confiance en soi et on perd parfois la confiance que les autres ont en nous », confie Hélène. Alors, lorsqu’un jour un éditeur propose à Hélène d’écrire son histoire, elle y voit une occasion de pouvoir verbaliser sa maladie. « J’ai toujours aimé écrire. Et l’écriture a une vertu thérapeutique. Mon livre (Je suis bipolaire mais le bonheur ne me fait pas peur, éd. Hugo et Cie) m’a permis de reconstruire le fil par un travail d’introspection et des recherches sur la bipolarité. J’ai pu évacuer mes émotions en les inscrivant sur papier. Cela m’a fait un bien immense ». En outre, Hélène avait à cœur de faire partager son expérience afin d’aider d’autres patients et leurs proches. «J ’ai également pu évacuer mes émotions en les couchant sur le papier. Cela m’a fait un bien immense ». En outre, Hélène avait à cœur de faire partager son expérience afin d’aider d’autres patients et leurs proches. « Je parviens à vivre avec ce trouble : je suis heureuse en couple, j’ai un travail, des amis et je reste positive, quoi qu’il arrive. Je veux prouver qu’il ne faut pas se décourager et que lutter en vaut la peine, qu’il ne faut jamais perdre espoir.Être bipolaire n’empêche pas d’être heureux ». Écrire et publier ce livre a permis à l’auteure la totale acceptation de sa maladie.

A lire pour aller plus loin :

Je suis bipolaire mais le bonheur ne me fait pas peur, Hélène Pérignon (éd. Hugo et Cie)