SOS, mon ado devient vegan !

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Votre ado vous avait tout fait…ou presque ! Sa dernière trouvaille ? Devenir vegan. Du jour au lendemain, votre tête blonde refuse de goûter aux plats préparés par vos soins. Comment réagir ? Comment savoir si c’est une lubie ? Réponses de Charles Brumauld, diététicien.

Charles Brumauld est diététicien-nutritionniste. Il est également auteur spécialisé en nutrition, forme, psychologie de l’enfant et de l’adolescent, aux Editions Eyrolles, Jouvence et Solar.

Pour commencer, c’est quoi être vegan ?

Charles Brumauld : Contrairement à ce que l'on entend aujourd’hui, être vegan ne se résume pas à dégrader des vitrines de boucher, mais plutôt à adopter un mode de vie qui n’ait pas d’impact sur l’exploitation animale. Concernant l'aspect alimentaire, il s’agit de bannir la chair animale : pas de poisson, ni œuf, ni viande. On ne consomme pas de miel non plus, ni de produit laitier pour les mêmes raisons. Le veganisme ne s’applique pas seulement à l’alimentation. On évite le traîneau en Alaska par exemple, puisque ce dernier est tiré par des chiens. Un vegan n’utilisera pas non plus de cosmétique testé sur les animaux et ne portera pas de cuir. C’est un mode de vie à part entière.

Pour quelles raisons ce mode de vie intéresse mon ado ?

CB : C’est un virage radical certes, et je comprends qu’il soit déroutant pour les parents. Mais il y a quand même une prise de conscience globale par rapport à la souffrance animale : on voit de plus en plus de vidéos et d’enquêtes délivrant des images, qui arrivent sous les yeux des adolescents. Par ailleurs, un jeune peut aussi devenir vegan pour des raisons de santé et comprendre que « manger moins de viande est meilleur pour l’organisme ». Enfin, des raisons environnementales poussent aussi des adolescents à devenir vegan. Ces enjeux (éthique, sanitaire ou environnementaux) dépendront de la sensibilité de chacun.

Est-ce une lubie ? Ou une réelle conviction ? Comment savoir ?

CB : Je n’aime pas parler de « lubie » uniquement puisqu'il s’agit d’adolescents. Ces derniers sont beaucoup plus informés que les jeunes il y a 40 ans, même si les sources d’informations ne pas toujours fiables. Il ne s’agit donc pas toujours de lubies, mais parfois de réelles convictions. Il est difficile de connaître la motivation d’un adolescent, et par moment, il ne la connaît pas lui-même. Il est en transition : plus un enfant, pas encore un adulte. En cette période, peut survenir une volonté de liberté de penser par soi-même. L’ado peut se dire par exemple, « hier, je me différenciais par mon smartphone et mes habits, aujourd’hui, ce sera par le contenu de mon assiette ». En tant que parents, pour connaître le teneur de ses arguments, l’idéal restera le dialogue. Il ne s’agit pas de le juger, mais d’essayer de comprendre.

Comment l’en dissuader ? Dois-je l’en empêcher ?

CB : Pour moi, cela va dépendre de son âge. Si l’enfant est trop jeune, je serai plutôt réticent à ce qu’il adopte un régime vegan. Mais à partir de 14/15 ans, c’est autre chose, si les parents prennent des précautions. Cela relève de leur mission :  laisser son adolescent faire ses propres choix, mais intervenir si ces derniers le mettent en danger. Concrètement, si le jeune veut devenir vegan du jour au lendemain, un travail d’éducation nutritionnelle s’impose. Il ne s’agit pas de se limiter aux carottes et aux salades, mais bien construire chaque assiette avec un autre équilibre nutritionnel. Forcer un adolescent de 15 ans à manger quelque chose risque d'être contre-productif. Ecoutez ses arguments pour cerner sa problématique et renseignez-vous auprès d’un diététicien-nutritionniste afin de pouvoir suivre l’enfant dans son régime et s’assurer de la couverture de ses besoins.

Quelle attitude à table ?

CB : On fait parfois des plats vegan sans s’en rendre compte, comme par exemple, les spaghettis sauce tomate (si on n’y ajoute pas de parmesan). Il en est de même pour l’assortiment lentille-riz, la soupe minestrone italienne, ou encore le couscous végétarien. Il y a donc déjà des plats sur lesquels miser pour ne pas braquer l’adolescent et pour lui montrer que, de notre côté, on fait des efforts. Chacun doit faire un pas vers l’autre. Par contre, si vous servez vos menus habituels à votre enfant, en retirant juste la viande ou le poisson de son assiette, il ne va consommer que les accompagnements et manquera de protéines et peut-être d'acides gras. L’assiette peut contenir des légumes, ce qui est déjà très bien, mais elle doit aussi intégrer un mélange de céréales et de légumineuses qui sont plus rassasiants et porteurs de protéines, contrairement à un plat de pâtes ou de riz, plus riches en glucides. Je suis conscient que les repas peuvent devenir compliqués, surtout si vous êtes une famille nombreuse. Mais l’idée est de commencer avec des plats vegan pour montrer que l’on s’adapte.

Est-il en danger en suivant ce régime ?

CB : L’adolescent est encore en croissance, ses apports protéiques sont à surveiller. Un régime vegan équilibré, ça se bosse au quotidien, au début en tous cas. Sinon, il peut y avoir des risques de carences en protéines, en fer, en calcium, et surtout en B12 puisque cette vitamine se trouve exclusivement dans les produits animaux. Le jeune devra donc ingérer un complément alimentaire s’il veut suivre le régime vegan. Il existe ensuite des protéines végétales, comme notamment le tofu, qui ne nécessitent pas d’exploiter les animaux. Il est aussi possible de mélanger les lentilles avec le riz, ou les haricots rouges avec le blé afin d’avoir les 8 acides aminés essentiels. Néanmoins, il y a des facteurs antinutritionnels dans les lentilles et dans certaines légumineuses qui peuvent bloquer l’absorption des protéines. Pour ma part, en cas de doute, je suis favorable aux analyses de sang régulières pour s’assurer que l’organisme de l’adolescent couvre ses besoins. Il s’agira aussi de composer le petit déjeuné de manière équilibrée (par exemple en misant sur le pain complet et les purées d’oléagineux, rassasiantes et riches en minéraux) et d’être vigilant au dîner, et surtout si votre enfant déjeune à la cantine. En effet, celle-ci ne propose pas (encore) de plats vegan équilibrés. L’ado va donc se contenter de retirer la viande, le poisson ou le yaourt de son plateau repas, ce qui ne constituera pas un repas équilibré.

Il ne veut plus manger avec nous…

CB : Le repas est un moment convivial à partager entre proches. On coupe les écrans et on échange les uns avec les autres. Si votre ado vegan refuse de manger à vos côtés, vous accusant de « manger des cadavres », on peut également lui rappeler que c’est une question de choix, de manger ou pas des produits carnés, afin d’éviter qu’il se mette dans une posture d’isolement et de fermeture. S’il ne mange plus avec vous, mangez avec lui ! Amenez l’ado en cuisine, et faite-le participer à l’élaboration du dîner. L’idée est de l’associer à la préparation des menus pour faire un premier pas. Faites-lui ensuite comprendre que vous respectez son choix de manger vegan. De son côté, le jeune devra lui aussi faire preuve de tolérance et de respect : il n’a pas à faire culpabiliser les autres, ni à imposer son régime au reste de la famille.

Je capitule… Comment cuisiner ?

CB : On mise sur les protéines végétales (le tofu, le seitan, le tempeh …). Elles se trouvent facilement en magasins bio. On peut les associer aux céréales (blé, orge, avoine) et aux légumineuses (lentilles, haricots, fèves, pois chiches..), toujours en les mastiquant le plus possible, pour faciliter la digestion des aliments et l’absorption des nutriments. Certains plats en sont constitués depuis longtemps les currys végétariens indiens ou la fameuse soupe minestrone italienne avec ses légumes. Il y a pleins de combinaisons possibles ! Prenez soin également d’associer un aliment riche en vitamine C (poivron, agrumes, persil frais…) pour aider à l’absorption du fer végétal.

A lire pour aller plus loin :

Se faire obéir sans hausser le ton, avec Gisèle George, éd. Eyrolles

Healthy Food, éd. Solar

Vegan, de Marie Laforêt, aux éditions Laplage (500 recettes illustrées)

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