Journée des droits de la femme : la médecine serait-elle sexiste?

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Le sexisme a la peau dure et le domaine médical n’est pas épargné, semble-t-il. Et pour cause, la médecine a longtemps été exercée par des hommes et pour des hommes. Résultat : les patientes sont moins bien prises en charge que la gente masculine, explique la directrice de recherche de l’Inserm. Pire, les consultations ont même viré au cauchemar pour certaines…

Tandis les femmes sont à l'honneur cette semaine, on se penche sur les idées reçues et préjugés sexistes qui influencent certains médecins en consultation. Car c’est un fait, la médecine n’échappe pas au sexisme. Conséquences pour les patientes : retard de diagnostic, traitements inadaptés et parfois paroles déplacées, voire abusives. Et la journée internationale des droit de la femme, le 8 mars 2019, est l’occasion de dénoncer certaines pratiques. A commencer par « la recherche et les données de santé, souvent menées en défaveur des femmes », affirmait Nathalie Bajos, directrice des recherches à l’Inserm, alors qu’elle était invitée sur le plateau du Magazine de la Santé sur France 5. Elle fait le point.

Pourquoi les femmes sont-elles moins bien soignées que les hommes ?

L’inégalité entre les sexes s’immisce aussi dans les cabinets de médecins et services hospitaliers, selon la chercheuse. « Il ne faut pas faire de généralités, mais une série de recherches et de données de santé sont menées en défaveur des femmes, précise Nathalie Bajos. Il existe toute une série de stéréotypes qui influent sur les représentations que les hommes et les femmes ont de leur santé. En fonction des symptômes, ils n’auront pas les mêmes réactions, ne consulteront pas au même moment ». En effet, la majorité des travaux de recherche et essais cliniques sont réalisés sur des populations d’hommes. « La recherche est sexiste, affirme la directrice de recherche. Officiellement, on dit que c’est pour éviter les risques pour les éventuelles grossesses, ou problèmes de variation du cycle hormonal…Mais les spécialistes s’accordent à dire que ce n’est pas justifié ». En outre, les femmes subissent souvent un retard de diagnostic à cause des nombreux préjugés qui persistent. Et les conséquences peuvent être très lourdes. « On pense souvent, à tort, que les l’infarctus du myocarde est l’apanage des hommes stressés, témoigne Nathalie Bajos. C’est faux. Les maladies cardiovasculaires sont la première cause de la mortalité des femmes en France. En cas d’insuffisance cardiaque, une étude récente a monté qu’à symptômes équivalents, on propose plus souvent la pose d’un défibrillateur à un homme qu’à une femme. Ce geste augmente pourtant les chances de survie ». Selon la chercheuse, il y a là, un véritable enjeu de formation auprès des chercheurs et des professionnels de santé.

Quand le sexisme atteint son paroxysme en consultation…

Injonctions culpabilisantes, examens brutaux, paroles déplacées, humiliations… Pour certaines femmes, les consultations médicales ont tourné au cauchemar. Si, évidemment, ce n’est pas une généralité, la journaliste, Mélanie Déchalotte, a tenu à dénoncer ces pratiques au sein d’un ouvrage paru il y a un an, Le livre noir de la gynécologie (éd. First). Et dès les premières pages, le ton monte. Une dizaine de témoignages de femmes viennent traverser les chapitres et montrent l’ampleur du sexisme qui règne dans certains cabinets de consultation. « Vous avez 18 ans et vous avez déjà eu 6 partenaires sexuels ? », a dû entendre Myriam alors qu’elle consultait une gynécologue en raison de brûlures au niveau des muqueuses. Etant sans obstétricien attitré, elle avait décidé de se rendre au planning familial… Sans se douter que c’était une leçon de moral qu’elle allait recevoir ! De son côté, Anne, 22 ans se rend chez un gynécologue pour une contraception d’urgence…après s’être fait sermonner par son pharmacien de quartier. Alors que le médecin la contraint à un examen gynécologique, il glisse deux doigts dans son vagin en murmurant « et cette nuit, c’était comment ? Vous la sentiez bien ? ». Pas de doute, en parcourant les pages de ce livre, on ne peut que compatir, voir frémir. On croit avoir tout vu, puis on lit le témoignage d’Alice, une jeune maman qui vient d’apprendre le décès de son bébé à 8 semaines de grossesse. Elle est alors redirigée vers les urgences de l’hôpital où on lui propose une aspiration (comme pour un avortement). Le gynécologue en chef termine l’intervention en disant « c’est bien, vous êtes une femme docile. D’habitude, les femmes, dès qu’on les touchent elles couinent ». Les mots de trop.

A lire pour aller plus loin :

Le livre noir de la gynécologie, Mélanie Déchalotte, éd. First

Article rédigé par Emmanuelle Jung, journaliste chez HelloConsult (https://helloconsult.com/)

"J'ai subi des violences sexistes"

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