Pourquoi le régime sans gluten est-il « à la mode » ?

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Certes, le régime « sans gluten » est en vogue. Exit les pâtes, le pain de seigle, le blé, les biscuits et l’avoine pour 5 millions de Français. Enjeu de santé publique ou simple phénomène de mode ? On vous dit tout.

Lady Gaga, Jennifer Aniston, Jessica Alba…Le point commun entre ces stars du showbiz ? Elles sont toutes adeptes du « sans gluten » ! Loin de séduire uniquement Hollywood, ce régime s’est invité dans le quotidien de nombreux Français. Présent dans le blé, le seigle, l’orge et tout ce qui constitue la base de notre alimentation, le gluten a, semble-t-il, déserté les assiettes. Si l’intolérance au gluten ne concerne que 1 % de notre population, ce régime s’est répandu allant jusqu’à devenir un vrai phénomène de mode. Que vaut un tel engouement ? Des spécialistes répondent.

Pas de recours médicamenteux pour les « vrais » intolérants au gluten

Appelé aussi la maladie coeliaque, l’intolérance au gluten peut survenir à tout moment dans une vie et va se manifester par des vomissements, perte de poids, fatigue, troubles de la digestion, douleurs musculaires ou autres symptômes divers. En France, elle touche 1 % de la population. Le seul recours pour les personnes intolérantes sera d’éradiquer totalement le gluten de leur alimentation. Aucun traitement médicamenteux n’existe à ce jour, ce qui contraint les personnes touchées à suivre un régime très strict : pas de blé, ni avoine, ni seigle, ni orge. Et cette liste n’est pas exhaustive, puisque le gluten peut aussi se réfugier dans les produits alimentaires courants, tels que la farine. Si ces personnes n’ont d’autres choix que de bannir le gluten de leurs plats, d’autres en revanche le tolèrent et décident pourtant de s’en passer.

La crainte de « mal manger »

Les successions de crises alimentaires ne sont pas étrangères à cette tendance. Les consommateurs ne savent plus comment se fier aux produits et sont en éternelle quête du « mieux manger ». En éliminant le gluten, connu pour être responsable de maladies digestives, ils ont l’impression de mieux maîtriser leur alimentation. Un grand malentendu selon certains spécialistes. Auteur de Alors, on mange quoi (éd. Fayard), le Dr Laurent Chevalier, nutritionniste explique qu’un adulte sur deux se plaint de troubles digestifs. « Certains arrêtent le pain, se sentent mieux, et du coup, accusent le gluten. Or, ce n’est sans doute pas lui qui est en cause », affirme-t-il. Et selon le Dr Patrick Denoux, professeur de psychologie à l’université de Toulouse, les récents scandales alimentaires ont provoqué de nouvelles obsessions. « A l’heure ou le cheval s’invite dans les lasagnes, et où l’eau serait un nid de nitrate, les raisons de paniquer face à notre assiette se multiplient, explique-t-il au sein de son livre Pourquoi cette peur au ventre (éd. JC Lattès). L’individu ne mange pas un fruit cueilli depuis plus de 10 minutes, contrôle, trie son assiette et relit les étiquettes par méfiance. » Pour avoir de nouveaux repères, certains jugent bon de supprimer des aliments, d’où la popularité du régime sans gluten.

Le sentiment de se distinguer

Plus qu’une impression de « mieux manger », le régime sans gluten est devenu une occasion d’affirmer leur personnalité pour certains. Dans une société qui impose à chacun de faire ses propres choix et de se singulariser, l’appartenance aux « gluten free » apparaît comme un phénomène identitaire. Il touche d’ailleurs une population surinformée, urbaine et féminine en majorité. Comme Patrick Denoux le souligne « la nourriture est l’univers de la pensée : je deviens ce que je mange ».

Un régime qui « agace » les médecins

Si le régime sans gluten continu de faire des adeptes, il irrite les médecins, mais aussi les patients atteints d’une véritable intolérance. Pour Catherine Remilleux-Rest, la vice-présidente de l’association française des intolérants au gluten, cette « fièvre anti-gluten » banalise la maladie cœliaque, qui est une affection grave. Selon elle, « le régime sans gluten est souvent assimilé à un régime d’agrément et pas toujours pris au sérieux. Ce qui ne facilite pas le tri entre malades et non malades ». Or, le gluten détruit l’intestin des « vrais » patients, allant jusqu’à entraîner des carences et une dénutrition.

Plus d’informations sur le site de l’association des intolérants au gluten : http://www.afdiag.fr/