Orthorexie : quand manger sain vire à l’obsession

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Manger sain, la grande obsession de notre époque. Une tendance qui porte même un nom : l’orthorexie. Les consommateurs ne savent plus comment se fier aux produits et sont en éternelle quête du « mieux manger ». Quand certains bannissent le gluten, d’autres évitent la viande ou encore les glucides. Un comportement qui peut vite virer à l’obsession et s’avérer un vrai trouble alimentaire selon les médecins.

« A l’heure ou le cheval s’invite dans les lasagnes, et où l’eau serait un nid de nitrates, les raisons de paniquer face à notre assiette se multiplient, affirme Patrick Denoux, professeur de psychologie à l’Université de Toulouse, au sein de son livre Pourquoi cette peur au ventre (éd. JC Lattès). L’individu ne mange pas un fruit cueilli depuis plus de 10 minutes, contrôle, trie son assiette et relit les étiquettes par méfiance ». Un phénomène symptomatique de notre époque auquel les médecins ont donné un nom : l’orthorexie. Considérée comme une maladie, ce trouble alimentaire se manifeste par une obsession de la qualité de la nourriture ingérée. Une quête de perfection alimentaire qui peut s’avérer être, au fil du temps, source d’isolement social. « Ceux et celles qui souffrent d’orthorexie cherchent rarement à perdre du poids », partage Renée McGregor, diététicienne, au sein de son livre (Orthorexie, quand manger sain devient obsessionnel, éd. Dunod). L’orthorexique fera une fixation sur la qualité des aliments. Sa quête du sain le conduit à éliminer bon nombre de plats qu’il aimait autrefois, mais qu’il considère dorénavant comme toxiques.

Comment reconnaître un orthorexique ?

« Une personne qui souffre d’orthorexie ne peut plus percevoir objectivement ce que veut dire avoir un mode de vie sain. Manger et faire de l’exercice ne sont plus des passe-temps agréables, mais des régimes aux règles de fer », estime Renée McGregor. Ce qui peut vous interpeller, c’est la façon obsessionnelle par laquelle la personne orthorexique suit ses règles. « Réduire la graisse saturée peut avec le temps se muer en éliminer tout type de matière grasse ; réduire la consommation de sucre peut devenir éliminer tout hydrate de carbone ; manger plus de légumes peut devenir ne manger que des légumes… L’obsession est cumulative et ne s’interrompt jamais », décrit la diététicienne. Cette obsession conduit alors l’individu à se couper des liens sociaux : il refuse les invitations chez ses amis et les goûters au bureau, car il ignore d’où provient ce qui se trouvera dans son assiette. Aussi, il est fréquent que l’orthorexique ne partage plus de repas avec quiconque. Ses amis cessent de le convier et sa famille ne le supporte plus. Il s’enfonce chaque jour davantage dans la solitude.

Pourquoi devient-on orthorexique ?

Le principal but : le perfectionnement de soi-même. « On trouve l’obsession de s’améliorer par la qualité de son alimentation, le style de vie », ajoute la spécialiste. L’orthorexie procure un sentiment de prise de contrôle. « On ne peut pas maîtriser tout ce qui nous arrive au cours d’une journée, d’une semaine, d’une année ou d’une vie. L’insatisfaction de sa vie et de soi-même, le sentiment d’impuissance à y remédier peuvent conduire une personne vulnérable à faire de la nourriture ce qu’elle est en mesure de contrôler afin de mettre de l’ordre dans toutes ces choses qui semblent déséquilibrées ou ingérable », précise Renée McGregor. L’orthorexique a l’impression de purger son corps en mangeant uniquement selon les règles strictes d’un régime choisi. Cela lui procurera un sentiment de réussite et d’accomplissement : « si je suis capable d’adopter ces règles et de toujours m’y conformer, c’est que je dois être assez bien ».

Comment soigner l’orthorexie ?

« Pensez à la liberté, au sentiment de soulagement qui accompagne le fait d’abandonner un sentiment de panique parce que chaque jour devrait être parfait, recommande Renée McGregor. Relâcher la pression et l’urgence est une manière de sentir aussitôt mieux ». Un régime sain est une affaire d’équilibre nutritionnel qui fonctionne sur une certaine durée. « Comprendre ce qui compose une assiette de nourriture véritablement saine peut aider ceux qui se guérissent de troubles de l’alimentation, dont l’orthorexie, ajoute la diététicienne. Ce ne doit être en aucun cas un lot de règles, mais un guide pour vous aider à produire des repas équilibrés ». Enfin, l’auteure nous conseille de percevoir la nourriture comme un ami. « Elle joue un rôle important dans nos vies. Elle développe la sociabilité, elle nous rassure, elle nous soutient et peut influencer notre humeur de façon significative, exactement comme un bon ami ». Enfin, pour soigner ce trouble alimentaire, le patient a, avant tout, besoin de l’aide d’un professionnel à la fois expert de la santé mentale et de diététiciens. Ils seront là pour rééduquer et accompagner le malade dans son alimentation.

Renée McGregor est diététicienne et nutritionniste spécialisée en sport de haut niveau. Elle accompagne depuis plus de 10 ans les équipes olympiques et paralympiques du Royaume-Uni.

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Orthorexie, quand manger sain devient obsessionnel, Renée McGregor, éd. Dunod

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