Médicaments génériques : sont-ils aussi efficaces ?

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La décision du Ministère de la Santé est sans appel : à partir de 2020, les patients refusant d’avoir recours aux médicaments génériques, sans justification médicale, se verront moins bien remboursés. Efficacité, composition, prix… Le moment de faire le point sur ces médicaments de substitution qui attisent la méfiance de nombreux patients.

Manque d’efficacité, arnaque, pas forcément moins chers…Les médicaments génériques n’ont pas toujours la côté avec les patients. Pourtant, ces derniers devront s’y rabattre dans un futur plus ou moins proche. Dans le cadre des mesures économiques dédiées au secteur de la santé, le gouvernement entend renforcer l’utilisation des médicaments génériques. Ainsi, « le remboursement d’un assuré qui ne souhaiterait pas, sans justification médicale, la substitution proposée par le pharmacien se fera désormais sur la base du prix du générique » précise le dossier de presse du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS). Cette mesure s’appliquera à compter du 1er janvier 2020 afin de disposer du temps nécessaire pour la mettre en place auprès des patients. Pourquoi cette décision ? Quel est l’impact pour les patients ? Les médicaments génériques, sont-ils réellement efficaces ? On fait le point.

Le recours aux médicaments génériques pour investir dans d’autres traitements innovants

« Dans un contexte où la France souhaite pouvoir disposer le plus rapidement possible des meilleures innovations, il est nécessaire de veiller à ce que les médicaments remboursés le soient sur la base médicalement la plus pertinente. Dans ce cadre le recours aux médicaments génériques doit être renforcé », indique le Ministère de la Santé. Et selon Agnès Buzyn, le recours à ces médicaments de substitution permettrait à la Sécurité sociale d’investir dans d’autres médicaments innovants, notamment pour traiter des cancers. « Nous avons en France un retard considérable sur l’utilisation des médicaments génériques », déplore la Ministre de la Santé, avant de rappeler l’efficacité et l’absence d’effets secondaires associés à ces produits. « Nous demandons aux Français qui voudront accéder à un médicament de nom de marque de mettre de leur poche, affirmait Agnès Busyn devant la presse. C’est-à-dire qu’ils seront remboursés sur la base du générique sauf s’il y a une contre-indication médicale telle qu’une allergie. » A court terme, cette mesure devrait permettre près de 100 millions euros d’économie.

Qu’est-ce qu’un médicament générique ?

Un médicament générique est conçu « à partir de la molécule d’un médicament déjà autorisé (appelé médicament d’origine ou princeps) dont le brevet est désormais tombé dans le domaine public », récapitule l’Agence nationale de Sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Le produit générique qui s’apparente à une « copie » d’un médicament doit avoir la même composition qualitative et quantitative en principes actifs, la même forme pharmaceutique et doit avoir la même efficacité thérapeutique que le princeps. La seule différence ? La taille et la couleur des comprimés qui peuvent se distinguer du médicament original. L’intérêt est d’obtenir une solution moins chère. Selon le Ministère de la Santé, le médicament générique coûte en moyenne 40 % de moins.

La composition, est-elle réellement la même ?

Un médicament comportera toujours un principe actif pour être efficace. Lorsque le brevet qui protège la molécule revient au domaine public, les laboratoires pourront en concevoir des génériques, 20 ans après la découverte de la dite molécule. Et les médicaments génériques doivent détenir le même principe actif que le princeps. Concrètement, si le principe actif est dosé à 10 milligrammes dans un médicament d’origine, il en sera de même dans le générique. En revanche, les excipients, c’est-à-dire tous les autres ingrédients qui composent le médicament pourront différer.

L’efficacité des génériques, peut-elle remise en cause ?

« Non, d’après le Pr Philippe Lechat, ancien directeur de l’évaluation des médicaments de l’ANSM. La règle internationale veut que le générique soit bioéquivalent au princeps en faisant l’hypothèse suivante : si vous êtes exposé à une concentration similaire de principe actif dans le sang, l’efficacité et le risque seront identiques ». Propos qui viennent confirmer ceux du pharmacologue Pierre Boissel. Selon lui, l’éventuelle différence des excipients « n’aurait pas beaucoup d’importance quand on connaît les variations individuelles : la même dose d’un médicament n’aura pas strictement le même effet en fonction des individus », et ce, qu’il soit générique ou non.

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