La fessée bientôt interdite ? L’avis d’une psy

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Ces dernières semaines, la fessée est au cœur de tous les débats. Et pour cause, ce châtiment corporel qui fait partie de l’éducation de nos enfants depuis la nuit des temps sera peut-être bientôt interdit par la loi en France. Alors que l’Assemblée nationale relance la question, Marie A., psychologue scolaire, nous fait une mise au point.

« Etre parent est difficile, c’est un rôle qui s’apprend », estime Marie A., psychologue pour enfants. Dans sa pratique, la spécialiste côtoie des parents aux méthodes éducatives diverses et variées. « Si certains prônent l’éducation positive et bienveillante, d’autres affirment qu’une fessée n’a jamais tué personne », décrit-elle. Et pour cause, la fessée, qui a longtemps divisé les parents, est au cœur des débats actuellement. Le 29 novembre dernier, les députés ont établi un projet de loi visant à interdire ce châtiment corporel en France. Exit la fessée, mais aussi les tapes, gifles, et tout ce qu’ils considèrent comme violence éducative. A la fois critiqué et approuvé, ce texte de loi relance cette éternelle question : La fessée, n’a-t-elle que du mauvais ? Réponse de psy.

La fessée, peut-elle faire ses preuves dans l’éducation d’un enfant?

« J’ai reçu des fessées quand j’étais enfant et je n’en suis pas mort ! ». Qui n’a jamais entendu cette réplique ? D’autres encore vous diront qu’il est contradictoire d’inculquer le respect et la non-violence à son enfant, mais de le frapper s’il désobéit. Pour Marie A., la fessée peut être évitée dans la grande majorité des cas. Cette dernière affirme ne pas encourager cette pratique : « Donner une fessée, c’est prendre le risque d’intégrer la violence dans le mode de fonctionnement de l’enfant, tout en venant entraver son estime de soi. Ce châtiment va le stresser et lui apprendre à avoir peur et à obéir par la crainte. Il pourrait même, à l’avenir, répondre de façon agressive dans une situation où il serait frustré, en colère ou triste ». Et par-dessus tout, la psychologue affirme que la fessée l’empêche de comprendre sa bêtise. « Cet acte humiliant fait régner la menace », ajoute la spécialiste. Les éventuelles conséquences selon elle ? Des enfants plus agressifs, moins sûrs d’eux et susceptibles de développer la sournoiserie ou le goût de la transgression.

Est-ce une bonne chose d’interdire la fessée ?

Difficile à dire pour la spécialiste. « Ce n’est pas parce que la loi interdit la fessée, comme c’est le cas dans 22 pays en Europe, que les parents n’y ont pas recours, estime Marie A.. Ecrire cette loi est une chose, la faire appliquer en est une autre ». Selon elle, interdire la fessée ne réglera pas le problème des parents dépassés par leurs émotions, que ce soit de façon soudaine ou chronique. « C’est lorsque les mots ne suffisent plus que l’individu fait appel aux châtiments corporels. Interdire la fessée n’empêchera donc pas ces derniers d’en donner. En revanche, en accompagnant les parents dans l’éducation, on perçoit plus de résultats. Eduquer un enfant est très difficile. Il existe des ateliers destinés à des parents dans l’impasse ou désireux d’avoir des conseils. Il est, selon moi, important de développer ce genre d’aides », ajoute la psy.

Comment un parent peut-il garder son autorité, sans fessée ?

« Comme le disait la pédiatre Edwige Antier, un parent qui lève la main sur son enfant est un parent qui a déjà perdu son autorité », précise Marie A.. Pour la spécialiste, l’autorité ne se gagne pas par la violence. « Etre clair et faire preuve de fermeté bienveillante dans sa demande peut être suffisant, conseille la psychologue. Les parents doivent observer les situations problématiques propices aux comportements difficiles de l’enfant ». Au contraire, lorsque l’enfant se comporte bien, la spécialiste incite à manifester un feed-back positif et des signes d’approbation (une bise, une caresse, un sourire, ou clin d’œil…). « Petit conseil : exprimez toujours votre approbation le plus rapidement possible et soyez toujours précis. Un compliment ne doit jamais être équivoque ! », partage Marie A..

Et si l’enfant dépasse LA limite ?

« Quel enfant n’a jamais cherché à transgresser les règles ? Les parents doivent alors anticiper et l’avertir sur les conséquences de son comportement inadapté, ajoute la psy. Ce n’est pas parce qu’un enfant dépasse les limites que c’est une invitation pour le parent à dépasser les siennes ».

A lire pour aller plus loin :

L’autorité sans fessées, Edwige Antier, éd. Robert Laffont

Une éducation bienveillante… et efficace !, Laurence Dudek, éd. First

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