« J’ai vécu 20 ans avec un pervers narcissique »

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Reproches au quotidien, remarques assassines et culpabilisantes, et en prime, une trahison. Les 20 années qu’Hélène a passées aux côtés de Dominique n’ont pas été de tout repos. Grâce à une amie psychiatre, elle parvient un jour à mettre un mot sur le comportement ignoble de son mari : c’est un pervers narcissique. A travers son livre, Hélène relate comment il l’a anéanti. Elle témoigne.

« J’étais la meilleure, la plus douée, la plus cultivée, la plus originale, la plus spirituelle. Bref, la plus tout. J’étais sa huitième merveille du monde », partage Hélène. Pas de doute, son mari (futur mari à l’époque) ne lésinait pas sur les mots pour séduire la jeune femme qu’elle était. Ou plutôt pour mieux « capturer sa proie ». Car pour atteindre leurs objectifs, certaines personnes peuvent s’avérer être particulièrement serviables, gentilles et séductrices. Bienvenu dans le monde impitoyable des pervers narcissiques. Déstabilisée et affaiblie, tant psychologiquement que physiquement, Hélène a trouvé la force d’échapper à son bourreau et mari, Dominique. Elle a alors décidé d’écrire son histoire (Détruite, j’ai épousé un pervers narcissique, éd. l’Archipel). Au-delà du témoignage, ce livre est aussi porteur d’un message d’espoir destiné à toutes les personnes vivant sous l’emprise d’un conjoint manipulateur, ou d’un PN (pervers narcissique), comme les nomment les psys.  Le pervers narcissique va jeter son dévolu sur quelqu’un et le dévaloriser, en le rendant coupable de ses propres défauts. Concrètement, le pervers est malade et va tenter de rendre l’autre malade à sa place. Hélène raconte comment son mari a exercé son emprise.

« Monsieur Parfait est le pire des salopards à la maison »

« Progressivement, j’ai eu l’impression que je ne pouvais exister qu’à travers son regard, son amour, raconte l’auteure. De nature insouciante, je ne me posais pas de questions. Pas assez en tout cas. Les premiers mois furent idylliques : il me noyait de compliments. Tout le contraire de ma famille ! Enfin quelqu’un qui me comprenait ! ». Et plus les sentiments d’Hélène se renforçaient, plus Dominique devenait distant et indifférent. « Je passais des heures à retourner mentalement les événements dans tous les sens pour essayer de comprendre ce que j’avais pu faire de mal », témoigne-t-elle. Dès le début de leur relation, Dominique alterne compliments et critiques, sans raison apparente. Une fois le couple en ménage, ce dernier devient maussade et peu démonstratif. « Dominique dirigeait un petit collège du Mans. Un appartement de fonction fut mis à sa disposition, ce qui lui permettait de ne pas rentrer tous les jours. Mon mari cultivait le mystère sur son emploi du temps. Je ne voulais pas le déranger», relate Hélène. Alors que la jeune femme était enceinte de leur premier enfant, Angélique, le comportement de Dominique devient chaque jour plus inacceptable. « J’avais des contractions. J’ai cherché à le joindre toute une journée. En vain. J’avais peur qu’il arrive trop tard ». Finalement, Dominique ne donne des nouvelles qu’en fin de journée : il lui explique sèchement que si elle lui avait envoyé un mail « comme tout le monde », il y aurait répondu et qu’il ne fallait surtout pas embêter sa secrétaire avec « ça ». « Puis, Dominique m’a rétorqué que ça ne devait pas être si urgent vu que je n’avais toujours pas accouché. ‘Tu aurais pu t’en douter’, ‘Tu aurais dû savoir’, une fois encore, il a su faire vibrer la corde sensible de ma culpabilité. Je me sentais bête de m’être inquiétée trop tôt », explique Hélène. Un aperçu du quotidien qui l’attendait. Quatre années plus tard, Hélène donne naissance à Sarah, et la froideur de Dominique atteint son comble. « Ses filles étaient comme transparentes à ses yeux. Il n’a jamais joué avec elles et ne savait pas prononcé de mot affectueux. Il considérait qu’elles étaient trop gâtées et que j’étais faible à leur égard. Il fallait les laisser se débrouiller seules, si l’on voulait qu’elles soient autonomes. Il aurait voulu que les petites naissent autonomes en quelque sorte », estime la mère de famille. Au fil du temps, Hélène vivait dans un stress permanent : avec son mari, même les choses les plus anodines devenaient source d’énervement. « S’il allait acheter un meuble, il se trompait dans les dimensions, s’il se lançait dans les travaux, c’était toujours mal fat, s’il me faisait un cadeau, ce n’était jamais quelque chose qui me plaisait, assène-t-elle. Lorsque je refusais d’aller dans son sens, je méritais d’être punie. Quand il se mettait à m’ignorer et à nier mes tentatives de contact, je me sentais minable ».

« Il disait qu’il finirait par faire un infarctus à cause de moi »

Il ne s’agissait pas de coups, mais bel et bien de violence psychologique. « Je ne compte plus le nombre de chaises qu’il a fracassé, ni la quantité de portes dans lesquelles il a shooté. Sans parler de sa façon de jeter des objets parfois dans ma direction. Si possible, des bibelots qui me tenaient à cœur », relate l’auteure. Un jour, Dominique va même jusqu’à dire à sa femme qu’il finirait par « faire un infarctus à cause d’elle » ! Terrifiée, Hélène se décide alors à passer son brevet de secourisme. Puis, venait la phase de réconciliation : Dominique était soudain gentil, attentionné et prévenant. Jusqu’aux prochains reproches. En 2008, après avoir acheté trois Saint-Valentin de suite une bague trop petite, Dominique choisit un bijou trop grand. « Ce n’est pas grave, je m’étais dit que si elle ne t’allait pas, elle plairait à ma mère, ose-t-il rétorquer. Vu que tu as déchiré le paquet cadeau, aide moi au moins à le refaire. Je ne peux quand même pas la lui offrir ainsi ! ». C’était la dernière Saint-Valentin qu’Hélène passait avec son mari. Le 25 décembre 2008, celui-ci lui annonce qu’il la quitte pour une autre femme, qu’il a rencontrée sur son lieu de travail. « Je te quitte, je pars chez Emmanuelle, la femme de ma vie ! », lâche-t-il. Une fois la procédure de divorce entamé, Hélène n’était pas encore au bout de ses peines. Si Dominique n’a jamais demandé la garde des enfants, il s’est donné pour but de démontrer qu’Hélène les négligeait. « Alors qu’elles ont eu des poux, il m’a accusée auprès du juge de ne pas les avoir traitées. C’était faux évidemment », ajoute l’auteure. Même durant la procédure de divorce, un harcèlement constant. S’il est parti pour une autre, maintenir son emprise sur Hélène était essentiel pour ce pervers narcissique. Un comportement assez courant d’après une de ses amies de jeunesse, qui est devenue psychiatre. C’est elle qui avait fait prendre conscience à Hélène de la gravité du comportement de son mari.

Aujourd’hui Hélène Montel s’estime chanceuse de s’en être sortie. Ses recherches dans le cadre de l’écriture de son livre lui auront permis de rétablir certaines vérités sur les pervers narcissiques. « J’ai pu voir que certaines personnes vivaient toute leur vie avec des pervers narcissiques, partage-t-elle. Les victimes ne sont pas des personnes sans personnalité et caractère au contraire. Le pervers vous pille et on ne pille pas quelqu’un de vide ».

A lire pour aller plus loin

Détruite, j’ai épousé un pervers narcissique, Hélène Montel, éd. l’Archipel