Harcèlement scolaire : «le meneur avait décrété qu’il fallait que je meure»

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Insultes, violences, moqueries, exclusion… Pour un enfant sur dix en France, aller à l’école est un cauchemar. Victime de harcèlement scolaire pendant des années, Florian a voulu mettre fin à ses jours. Aujourd’hui, il nous confie son histoire.

Lorsque l’on écoute l’histoire de Florian, impossible de ne pas être bouleversé. Harcelé à l’école du CP à la troisième, il a voulu se suicider à l’âge de 15 ans. Une expérience qui n’est pas sans rappeler celle de Jonathan Destin, qui a fait l’objet d’un téléfilm diffusé ce lundi sur TF1 (Le jour où j’ai brûlé mon cœur). A force d’être la cible de moqueries, insultes et violences de la part de ses camarades d’école, ce dernier a tenté de mettre fin à ses jours en s’immolant par le feu. Tout comme Jonathan Destin, Florian a été persécuté durant sa scolarité. S’il a su se reconstruire, c’est en partie parce qu’il s’est libéré de ce poids. «Parler, c’est un peu ma thérapie », nous dit-il. Découvrez son témoignage.

« Mon bourreau m’a étranglé et laissé pour mort dans le couloir de l’école »

Neuf ans d’insultes, de violences physiques, mentales et de moqueries. Voici à quoi se résume la scolarité de Florian, âgé de 21 ans aujourd’hui. Victime de harcèlement scolaire du CP à la 3ème, il a subi la persécution de la part de ses camarades au quotidien. Un enfer qui l’a conduit à vouloir commettre l’irréparable. « Tout a commencé par des petites blagues et mots d’enfants en classe de CP. J’étais nouveau et lorsque je me suis présenté, je leur ai dit que j’étais né en Belgique », se remémore Florian. Pour les autres enfants, il est alors devenu « le belge », « le mangeur de frites », ou encore « l’étranger ». Très vite, les coups se sont immiscés dans ces soi-disant blagues d’enfants. Coups de coude, bousculades, croche-pieds… Florian les a endurés dès son plus jeune âge. « Un matin, on m’a projeté au sol et on s’est mis à trois à me tabasser », nous confie l’enfant victime. C’est en CM2 que le harcèlement prend une toute autre ampleur : « Mon bourreau, comme je l’appelle, était le meneur et aussi le pire de tous. Un jour, il m’a étranglé et laissé pour mort dans le couloir. Je ne sais pas ce que je lui ai fait, mais il avait décrété qu’il fallait que je meure et il me le rappelait tous les jours ». Si Florian aimait l’école et tout ce qu’il y apprenait, il attendait les vacances scolaires avec beaucoup d’impatience. « Le dimanche soir, j’étais incapable de m’endormir, j’avais la hantise. Je savais le nombre de coups et d’insultes que j’allais encore devoir surmonter », décrit l’adolescent. Et aucun de ses camarades n’a jamais osé lui porté secours ou lui tendre la main. « On leur disait qu’ils allaient être ‘contaminés’ et qu’ils subiraient le même sort que moi », ajoute Florian.

« Pour les professeurs, il s’agissait de bagarres d’enfants »

Si Florian se trouvait seul contre tous à l’école, il pouvait compter sur le soutien de ses parents, à qui il s’est toujours confié. Ces derniers ont d’ailleurs multiplié les courriers et appels au collège afin que ce cauchemar cesse. Mais pour les équipes pédagogiques, il s’agissait juste de « bagarre d’enfants » et cela leur semblait « normal ». Et lorsque le père de Florian a décidé de prendre contact avec celui de son « bourreau », ce dernier lui a fait comprendre que dans leur famille « on règle les conflits avec les coups. Puis on discute ». Aucune issue pour Florian qui commençait s’habituer à cette routine infernale. « Arrivé en 5ème, je ne dormais plus la nuit, donc j’étais fatigué en cours. Mes résultats ont chuté », explique l’adolescent. Mais lors d’un matin enneigé durant son année de 3ème, les bourreaux ont atteint la limite de ce que Florian était en mesure de supporter. « On me lançait des boules de neige ce jour-là. J’ai riposté et en guise de représailles un élève m’a projeté contre le mur avant de me frapper », raconte-t-il. Au poste de police, le lendemain, on a fait comprendre à Florian que le harcèlement scolaire n’existait pas aux yeux de la loi* et que la plainte n’aboutirait pas. Quelques heures après, l’adolescent recevait des messages injurieux sur sa page Facebook. « Une personne m’a écrit que je méritais ce qui m’arrivait. C’est à ce moment-là que j’ai décidé de disparaître. Je ne pouvais plus vivre cette vie, ajoute l’adolescent. Je ne voulais plus être un poids pour mes parents et je préférais rejoindre un monde meilleur ».

« Je souffre de dépression et d’insomnies. Le harcèlement m’a détruit »

Bien décidé à quitter notre monde, Florian avait tout prévu : « Je m’étais procuré des ceintures de karaté que j’avais dissimulé sous mon lit. J’avais décidé de me pendre ». Mais avant de passer à l’acte, c’est à sa petite cousine que pense Florian. « Elle avait un an et elle m’est apparue. Je me disais qu’elle aurait besoin de moi, je ne pouvais pas partir comme ça ». Rongé par la détresse, l’enfant appelle son père, qui le conduit directement à l’hôpital. « Il a alors réalisé ce que je m’apprêtais à faire », ajoute Florian. Après quelques recherches, le père de famille s’aperçoit que des milliers d’enfants endurent le harcèlement scolaire. « C’est là qu’il a décidé de fonder l’Association contre les violences scolaires -49 (www.acvs-49.fr). Mon père mène aujourd’hui des actions de prévention et intervient dans les écoles pour parler du harcèlement et des signes qui doivent alerter », précise le jeune homme. De son côté, Florian en subit encore les séquelles. Suivi par des psychologues et psychiatres, le jeune homme doit bénéficier de traitements médicamenteux, nécessaires à sa guérison. « Je souffre de dépression et d’insomnies et je ne peux m’endormir sans somnifères. J’ai perdu toute confiance en moi. Le harcèlement scolaire m’a détruit ». Malgré tout, Florian s’estime heureux d’être en vie. « Les séances chez le psy m’aident beaucoup. Parler est ma thérapie et me libère. Grâce à l’association, je vais mieux. J’aide et j’écoute des jeunes dans le besoin. Et en même temps, je montre à mes harceleurs que j’ai le sourire et que finalement, leur souhait de me voir mort ne se réalisera pas ».

*Le harcèlement scolaire fait l’objet de poursuites judiciaires et est puni pénalement depuis 2014.

A lire pour aller plus loin :

Harcèlement à l'école, Lui apprendre à s'en défendre, Marie Quartier, éd. Eyrolles