Elles ne veulent pas d’enfant et sont très heureuses : 3 femmes témoignent

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Vous le gâtez, vous le chouchoutez… « C’est du pur bonheur la vie avec un enfant. La maternité est dans nos gènes », entend-on si souvent. Et bien pas pour tout le monde ! Aujourd’hui, de plus en plus de femmes décident de ne pas donner la vie. Trois pionnières ont accepté de témoigner.

« Avant les années 60, la question du désir d’enfant ne se posait pas vraiment. Qu’elles l’aient voulu ou non, le destin des femmes était d’enfanter, déclare Monique Bydlowski, neuropsychiatre, spécialiste de la maternité. Les mœurs ont considérablement évolué. Résultat : faire un enfant relève aujourd’hui d’une démarche consciente, programmée. Par ailleurs, de plus en plus de femmes se réalisent dans leur métier. L’expérience de la procréation les angoisse. Elle implique une perte de contrôle de l’image de soi à laquelle ces femmes se refusent ». A contrario, pour la spécialiste, vouloir un enfant peut répondre à la soif d’immortalité qui nous ronge. « Quand nous regardons des enfants courir, on se dit : nous allons mourir, alors qu’ils portent l’avenir en eux. Il s’en dégage un sentiment d’éternité ». Mais ce sentiment ne fait pas l’unanimité, et encore moins à l’heure actuelle, comme le décrit la neuropsychiatre. Trois femmes nous parlent à cœur ouvert de leur non-désir d’enfant.

Alice, 39 ans, acheteuse dans le secteur des vins et spiritueux, en couple depuis 3 ans

« J’ai toujours privilégié ma carrière et mon évolution personnelle. Mon métier m’amène à voyager énormément, je ne me voyais donc pas accueillir d’enfant dans ces conditions. Je vois mes amis s’être chargés de cette lourde responsabilité et cela me conforte dans ce désir de ne pas en avoir. Je suis aujourd’hui à l’aube de mes 40 ans et il n’est plus question pour moi d’envisager de faire un enfant. Lorsqu’à la question, ‘avez-vous des enfants ?’, je réponds non, les gens ont ce besoin viscéral de savoir pourquoi. Comme si c’était anormal de ne pas en avoir…pire de ne pas en vouloir… Et lorsque de manière tout fait sincère, je donne les raisons de mon choix, on me répond qu’il est encore temps ! Les gens n’ont de toute évidence pas envie d’entendre, ni de comprendre qu’on puisse ne pas vouloir d’enfant. Je leur dis alors que cela ne m’arrivera pas, parce que je me suis construite une vie que je veux vivre pour moi. Cette vie n’a pas de place pour un enfant. Alors je passe presque pour une criminelle ! Pourquoi est-il légitime de demander à ceux qui n’ont pas d’enfant pourquoi ils n’en ont pas ? Il ne me viendrait pas à l’esprit de demander aux gens pourquoi ils en ont. Je suis très heureuse de la vie que je mène, car je pense posséder ce qu’il y a de plus précieux au monde : la liberté de faire ce que je veux et d’aller ou bon me semble. J’ai la chance d’être accompagnée par un partenaire qui partage ma vision des choses. Je ne pourrais être plus épanouie et heureuse que je le suis aujourd’hui ».

Margaux, 59 ans, employée dans l’aviation, mariée depuis 36 ans

« J’aime profondément mes neveux et les enfants de mon entourage. Malgré tout, je n’ai jamais voulu avoir d’enfant, car ils sont, pour moi, synonyme de grandes contraintes. J’ai des responsabilités dans ma vie de couple et au travail, mais je les ai choisies. Elles restent ponctuelles et je pourrais y mettre fin si elles ne me conviennent plus. Un enfant est une responsabilité à la seconde où il naît 7 jours sur 7, et ce, jusqu’à la fin de sa vie. Avoir un enfant, c’est mener son quotidien, ses plaisirs, ses vacances…bref sa vie en fonction des besoins de ce dernier. Mes amis et ma famille ont beau clamer que les enfants sont « une bénédiction », ce que je vois, ce sont des parents fatigués, stressés, au bout du rouleau, déprimés, voire au bord de la rupture. Je ne pense pas que l’amour d’un enfant puisse, à ce point, compenser tous ses déboires émotionnels. Enfin, je ne veux pas faire passer mon mari au second plan et vice versa. Je ne souhaite pas que l’homme qu’il est et la femme que je suis, deviennent des parents et oublient ce que nous représentions l’un pour l’autre avant l’arrivée d’un enfant. Il m’arrive d’évoquer mes vacances en amoureux au bout du monde, planifiées sur un coup de tête et ponctuée d’activités sensationnelles, mon quotidien incertain durant lequel chaque journée et chaque soirée réservent leur lot de surprises, sans parler des plaisirs que nous pouvons nous offrir…Je sens alors l’envie d’une vie semblable qui submerge mes proches. Quant aux remarques ou jugements des autres, je les oublie vite. Surtout, quand je prends conscience de tout ce que j’ai réalisé ces 30 dernières années. Encore en bonne santé, je ne compte pas m’arrêter en si bon chemin ! Je remercie mon mari d’avoir accepté mon choix et d’avoir su partager ma vision du bonheur ».

Emilie, 41 ans, consultante, en relations libres

« Je n’ai jamais eu l’envie d’avoir des enfants. Le simple fait de me poser la question en dit long : il faut expliquer pourquoi ne pas en vouloir, or l’inverse n’arrive jamais. Déjà étudiante, sous ma photo de trombinoscope, à la question ‘quel est votre pire cauchemar’, j’avais répondu ‘la maternité’. Et cela n’a jamais changé. Cette envie, sois disant instinctive, de reproduction n’est pas survenue chez moi. J’ai déjà été mariée avec un homme qui souhaitait fonder une famille. De mon côté, le désir d’enfant n’était toujours pas là. Je me suis beaucoup questionné sur cette absence d’envie. Une analyse rationnelle m’a éclairée. C’est tout le mode de vie qu’implique la maternité qui ne me convient pas. Je ne me vois pas enfanter dans le monde qui se profile. Par ailleurs, je trouve ‘la course à la meilleure éducation’ qui sévit dans notre société ultra flippante ! Et je ne pense pas qu’un enfant me préservera de la solitude quand je serais plus vieille. Les enfants des autres ont tendance à m’ennuyer en général, je ne prendrais pas le risque qu’il en soit de même avec le mien. Pour ce qui est de mon entourage, je pense que les proches les plus aimants cultivent une inquiétude légitime de l’ordre du ‘ne vas-tu pas le regretter ?’. Aussi, mon choix remet en question l’évidence de la maternité. Il peut amener certains à comprendre qu’ils n’ont jamais envisagé la possibilité d’une vie sans enfants. Cette pensée peut leur être inconfortable. Aujourd’hui, je n’ai aucun regret. Ma vie me plaît, et je ne me dis jamais que j’envie la vie de mes amies qui sont maman, ni au présent, ni au futur, bien au contraire ».

*Pour préserver l’anonymat, certains prénoms ont été modifiés