Consentement sexuel : pour 1 adolescente sur 10, le premier rapport n'est pas souhaité

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Si la parole se libère autour des violences sexuelles, la prévention reste indispensable. Un an après la profusion du mouvement #MeToo*, Santé Publique France nous dévoile les données du Baromètre santé concernant le consentement sexuel chez les adolescents. Au vu des résultats, la notion de « consentement » est encore floue pour certains…

Comment parler de consentement sexuel avec son enfant ? A partir de quel âge doit-on les sensibiliser ? La sexualité, est-elles différente pour les filles et les garçons ? Les violences sexuelles, ont-elles évoluées ? Lors d’une conférence de presse, Santé Publique France a dévoilé les chiffres du Baromètre santé 2016 concernant le consentement sexuel chez les jeunes. Si l’on en croit ces données, la notion de consentement est à aborder bien avant l’adolescence avec les filles comme avec les garçons. Quelques chiffres et conseils pour sensibiliser son enfant le plus tôt possible.

Un premier rapport qui n’est pas toujours consenti…

Les résultats du Baromètre sont unanimes : l’âge d’entré dans la sexualité est stable depuis une dizaine d’années. Plus de la moitié des adolescents (garçons et filles) ont leur premier rapport sexuel après 17 ans, tous milieux sociaux confondus. Et pour plus de la moitié des jeunes filles, c’est avec un garçon plus âgé qu’elles vivent leur première expérience sexuelle. Si la grande majorité des femmes de moins de 30 ans déclarent avoir souhaité leur premier rapport sexuel (87,6 %), une sur dix déclare « avoir cédé aux attentes de son partenaire » ou « avoir été forcée ». Les hommes, quant à eux, ne sont que 0,3 % à avoir vécu un premier rapport non consenti.

Des violences sexuelles de plus en plus déclarées par les femmes

Administré un an avant #MeToo, le Baromètre santé 2016 n’a pas pu prendre ce mouvement en compte dans ses données. Néanmoins, il présente une hausse des violences sexuelles déclarées par les femmes par rapport aux enquêtes des années précédentes. Viol ou tentative de viol…Les chiffres sont en hausse ! 18,9 % des femmes de 18 à 69 ans admettent avoir déjà été confrontées à des rapports ou tentative de rapport non consentis (contre 15,9 % en 2006). Quant aux hommes, ils sont 5,4 % à les avoir subis. Comment traduire ces évolutions ? Y va-t-il réellement plus de violences sexuelles aujourd’hui ? Nathalie Bajos, sociologue et directrice des recherches à l’Inserm s’est exprimée.

Comment interpréter l’augmentation du nombre de femmes victimes de violence sexuelle ?

Nathalie Bajos : Oui, ces chiffres sont en augmentation par rapport à une enquête précédente. Pourtant, les violences sexuelles n’augmentent pas avec le temps. C’est la facilité à en parler aujourd’hui qui explique ce résultat. En fait, les femmes déclarent de plus en plus ce type d’agressions et de violences. Cette libération de la parole autour de la violence sexuelle, a été fortement accélérée avec #MeToo. Mais elle existe depuis que les pouvoirs publics font des campagnes, puisque notre enquête a été effectuée avant la profusion de ce mouvement.

Comment les violences sexuelles peuvent-elles exister dès 15-17 ans ?

NB : Pour beaucoup, les violences sexuelles débutent avant 18 ans. En effet, souvent, l’auteur de ces agressions fait partie de l’entourage proche des jeunes filles…et des jeunes garçons. Ces derniers subissent aussi des violences sexuelles, même s’ils représentent des proportions beaucoup moins importantes. Chez les 15-17 ans, 8 % des adolescentes ont déjà été confrontée à des rapports ou tentatives de rapports forcés, contre seulement 1 % des garçons. Ce sont des estimations minimales que l’on recueille dans ce type d’enquêtes. Il faut garder en tête qu’il est difficile de parler des violences sexuelles après les avoir vécues, même s’il s’agit d’une étude scientifique.

Y a-t-il des évolutions concernant la sexualité chez les hommes et chez les femmes ?

NB : Il y a des changements dans la mesure où les personnes déclarent aujourd’hui plus de partenaires sexuels que dans les enquêtes précédentes. Il y aussi plus de rapports sexuels avec des personnes du même sexe. Et ces évolutions sont plus marquées chez les femmes que chez les hommes. Ces dernières avaient un retard plus important à récupérer. Ces déclarations  démontrent un vrai changement dans la sexualité. Mais elles traduisent aussi une plus grande aptitude à en parler. Malgré cela, les femmes déclarent toujours moins de partenaires que les hommes au cours de la vie : 14 pour les hommes et entre 6 et 7 pour les femmes.

Comment expliquer cet écart ?

NB : Cet écart montre que les représentations des sexualités masculines et féminines continuent encore à s’organiser autour d’un clivage qui reste marquant. La sexualité féminine est encore orientée vers le registre de l’affectivité, tandis que du côté masculin, il s’agit davantage de désir et de « besoin ». En effet, l’affection est à l’origine de premier rapport pour une femme sur deux, contre un homme sur quatre. Le désir sexuel est le moteur pour 47 % des adolescents, contre 25,8 % des jeunes filles. Pourtant, les besoins et les attentes sexuelles des femmes et des hommes sont socialement construits. Le paradoxe est donc toujours d’actualité et les représentations peinent à se faire imprégner par un idéal égalitaire.

Comptez-vous évaluer l’impact du mouvement #MeToo dans une prochaine enquête ?

NB : Nous sommes en train de lancer une nouvelle recherche sur la sexualité, qui va explorer l’impact de #MeToo. Ce mouvement est quand même un évènement historique ! Nous allons évaluer l’impact qu’il a eu sur la population, quels milieux sociaux sont concernés, et s’il a permis à des victimes d’en parler et de saisir la justice. Nous voulons également mesurer l’impact de ce mouvement sur la justice en France.

Quand parler de consentement à son enfant ?

Pour de nombreux parents, évoquer la sexualité avec leur adolescent n’est pas chose facile. On ne sait pas comment l’aborder, ni à quel moment. Pourtant, après avoir assisté à la conférence de presse donnée par Santé Publique France, on ne peut qu’admettre que sensibiliser les jeunes à la notion de consentement est encore essentiel. D’après Béatrice Copper-Royer, psychologue spécialisée dans l’enfance, qui s’est exprimée sur LCI, ce sujet doit être abordé dès l’école primaire, bien avant qu’il soit question de sexualité. « Il faut assurer sa petite fille dans son intégrité corporelle, dans son droit de dire non, même avec des personnes qu’elle connaît et qu’elle aime. Notamment, parce que c’est souvent dans la sphère familiale ou amicale que les dérapages ont lieu ». Selon la psychologue, les adolescentes sont beaucoup moins averties qu’on le pense.

8 choses à dire à sa fille pour la sensibiliser au consentement

On n'a pas le droit de toucher ton corps si tu ne le souhaites pas.

Tu n'es pas obligée de dire oui même à quelqu'un que tu aimes bien, surtout si tu sens qu'il veut que tu fasses des choses que tu n'as pas envie de faire.

Un adulte que tu connais n'a pas tous les droits. Ne te sens pas coupable de lui dire non.

Tu ne seras pas stupide si tu ne te soumets pas aux désirs d'un garçon.

L'intimité est quelque chose de très important et ça se protège.

Tu ne dois pas te livrer sans désir.

Tu dois écouter ton désir et c'est ça le plus important.

Ce qui se passe sur Internet, ce n'est pas la vraie vie. Ne te sens pas idiote par rapport aux images explicites que tu peux y voir.

*#MeToo est un mouvement international datant d'octobre 2017, visant à dénoncer les violences faites aux femmes. Il est survenu suite aux accusations de cette nature portées à l'encontre du producteur américain Harvey Weinstein.