Comment repérer les pervers(es) narcissiques ?

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Remarques assassines, reproches déguisés, dévalorisations au quotidien… Certaines personnes les subissent sans s’en apercevoir. Les pervers narcissiques se dissimulent parfaitement, semblent on ne peut plus charmants et maîtrisent l’art des beaux discours. Prudence, ils savent aussi détruire ceux qui croisent leur route. Quelques conseils pour les repérer (de loin).

« Il est aimable et peut feindre la compassion et la sympathie. Il est séducteur et peut être très serviable, surtout si ça lui permet d’atteindre ses objectifs. Généralement habile avec la parole, il se sert du double sens des mots pour manipuler, se positionner en victime ou rendre l’autre mal à l’aise ». Voici le portrait que dresse le psychanalyste et auteur Jean-Charles Bouchoux lorsqu’il évoque les pervers narcissiques. Homme ou femme, le pervers narcissique est faible et mal dans sa peau. Il va alors jeter son dévolu sur quelqu’un et le dévaloriser, en le rendant coupable de ses propres défauts. Concrètement, le pervers est malade et va tenter de rendre l’autre malade à sa place. Pour décoder et flairer les pervers narcissiques, oubliez toutes vos idées reçues et suivez ces conseils.

La manipulation existe aussi au féminin !

Messieurs, oubliez les idées reçues ! Si l’on parle très souvent de maris manipulateurs, les perverses narcissiques existent et peuvent causer autant de dégâts que les hommes. La violence à l’égard des femmes est très médiatisée, en revanche les maltraitances subies par les hommes sont tues. Dans notre société, le sujet est « tabou » d’après le psychanalyste Eric Bénevaut. Selon lui, la perverse narcissique tentera de dominer son homme en l’agressant à propos de son travail, de l’argent qu’il détient ou qu’il n’a pas, de ses loisirs et plus globalement à propos de sa place sur l’échelle sociale. Certaines femmes utilisent la paternité comme « levier financier ». Elles tombent enceintes sans le consentement de leur compagnon et revendiquent ensuite que le géniteur doit assurer financièrement.

Il est charmant et sait user des mots

Le pervers narcissique cultive l’art des mots. Il est charmant et frôle la perfection. A vrai dire, il/elle séduit tout votre entourage, et vous le premier. Et petit à petit, il commencera à vous dévaloriser en vous montrant que vous êtes loin de « sa perfection ». Il sait user du double sens des mots et de la paradoxalité. Cela lui permettra d’enfermer sa victime et de la dénigrer. Ainsi, votre moitié vous annonce droit dans les yeux que votre histoire est terminée. La mort dans l’âme, vous vous résolvez à partir. Et le lendemain, cette dernière vous rappelle en assénant « Mais pourquoi es-tu parti, tu m’as abandonnée, tu devrais te battre, si tu es prêt à me perdre alors tu ne vaux pas le coup ». En bref, une histoire sans fin. En communiquant sans cesse de façon paradoxale, le pervers va parvenir à assujettir sa victime.

Le pervers(e) narcissique vous gâte et vous répète qu’il vous aime

Les pervers narcissiques attirent l’attention par la séduction. Pour précéder la phase de dévalorisation, il va passer par une phase de séduction. Votre mari peut vous gâter à coup de roses et de « je t’aime, tu es si gentille ». Vous allez alors baisser la garde et serez encore plus déroutée lorsqu’il changera brutalement de comportement.

Il sait vous dévaloriser

Le pervers souffre d’une faille narcissique : un grand manque de confiance en lui. Pour compenser, il va développer une image démesurée de lui-même, qu’il conviendra de maintenir à tout prix en surjouant son personnage et en dévalorisant les autres. En ligne de mire ? Vous. Lorsqu’un pervers dévalorise sa victime, il croit se revaloriser. « Tu es imbécile, tu es nulle, tu ne sais vraiment rien faire », lance-t-il. Ensuite, il appartient à la victime de se justifier et de démontrer le contraire. Cette dernière risque de perdre ses moyens. L’agresseur parviendra alors sans difficulté à « démonter » ses arguments et à l’enfoncer petit à petit dans un chaos délétère.

Il vous fait culpabiliser

« C’est à cause de toi que je suis malade, c’est de ta faute si j’ai perdu mon travail, tu es quelqu’un de mauvais, je ne peux rien te demander… ». La liste est longue, car le pervers excelle dans l’art de faire naître la culpabilité. Pour une perverse narcissique, la première source de pression sera les enfants. « Assume ton rôle, tu ne fais rien pour les enfants, c’est moi qui m’occupe plus d’eux », vous entendrez.

Il meurt de peur d’être abandonné

En manipulant autrui, le pervers narcissique étend son pouvoir et espère se réunifier en faisant de l’autre sa chose, son prolongement. Mais si l’autre venait à disparaître, le pervers entrerait dans une angoisse terrible. Si vous voulez quitter un pervers narcissique, ne croyez pas qu’il vous laissera sortir de sa vie facilement. Il risque alors d’inverser les rôles et de vous faire passer comme « faible » en vous accusant de n’être rien sans lui. Il n’hésitera pas à vous dire que vous n’arriverez à rien seul, afin de vous dissuader de partir.

Il parvient à vous changer

Vous avez des opinions différentes sur certains sujets ? Vous voyez vos amis moins souvent (voire jamais) ? Vous vous isolez de votre famille ? Vos goûts changent ? Attention, vous vous trouvez peut-être sous l’emprise d’un pervers narcissique. Ce dernier aura besoin de tout contrôler et surtout de VOUS contrôler pour vous amoindrir et faire de vous le prolongement de sa propre personne.

Comment sortir de cette relation toxique ?

Lorsque le pervers pose un jugement, il se place en position de force. Pour commencer, sachez qu’il ne sert à rien de vous justifier, car il démontera vos arguments. Au contraire, coupez court à la conversation ou renvoyez-le à sa position. En lui répliquant « Es-tu si intelligent pour me juger ? », cela le mettra en danger. Le pervers ne peut le supporter. Pour sortir de cette relation toxique, rien de mieux que de mettre de la distance. Avec l’isolement qu’aura provoqué le pervers, il sera pour vous essentiel de renouer avec des proches, quitte à vous excuser de les avoir délaissés. Soyez sincère et expliquez-leur la situation. Quant à votre bourreau, ne le laissez plus vous faire davantage de mal. Ignorez ses nombreux appels et les compliments qu’il vous fera pour vous retrouver. Repensez à tous les reproches qu’il aimait vous faire. Vous méritez mieux. Le pervers est malade, il ne pourra pas « changer » sans aide, même s'il vous le promet. En le quittant, vous ne vous contentez pas de vous sauver, mais vous le mettez face à la réalité. Et s’il n’est pas « totalement » pervers, il se remettra enfin en question.

A lire pour aller plus loin

Les pervers narcissiques, qui sont-ils ? Comment fonctionnent-ils ? Comment leur échapper ? Jean-Charles Bouchoux, éd. Eyrolles

Perverses narcissiques, Eric Bénevaut, éd. Eyrolles

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