Comment reconnaître une personne bipolaire ?

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Les troubles bipolaires constituent une maladie psychiatrique à l’origine d’importants dérèglements de l’humeur. La personne altère entre dépression sévère et période de manie euphorique. Des symptômes facilement confondus avec de simples sautes d’humeur, ce qui rend cette maladie difficile à identifier. S’il n’existe pas de « test » de bipolarité, certains signes permettent de reconnaître une personne bipolaire.

La bipolarité toucherait 2,6% de la population adulte, selon le Manuel du bipolaire (éd. Eyrolles). Ces troubles de l’humeur, anciennement connus sous le nom de psychose maniaco-dépressive, « projettent l’individu dans une alternance de phases dépressives et exaltées », parfois entrecoupées d’un état de stabilité appelé euthymie. « Le terme bipolaire est relativement récent, mais la souffrance qui s’y rattache est ancienne  expliquent Martin Desseilles, Nader Perroud et Bernadette Grosjean, psychiatres et auteurs de l’ouvrage. On l’a appelé « mélancolie, folie à double-forme, maniaco-dépression »… Tout ça pour résumer un fait : une personne semblant folle, passant régulièrement d’une phase de dépression à une phase de manie extrême. On sait aujourd’hui que ce trouble bipolaire apparaît très distinctement entre 14 et 22 ans, et qu’il s’agit d’une vraie maladie, certes invisible, mais très handicapante pour les patients.

Reconnaître les troubles communs

« Les symptômes les plus classiques sont les changements d’humeur progressifs, sur des durées relativement longues (alors que dans d’autres troubles, ces changements sont foudroyants) », expliquent les auteurs en avant-propos. Tout devient très compliqué pour les patients : travail, relation sociale, vie de couple, activités du quotidien… Les symptômes les empêchent d’avoir une vie cohérente. Durant la phase dépressive, les sujets bipolaires ressentent une tristesse très importante, qui peut leur donner des idées suicidaires. Ils manquent d’énergie, n’ont plus d’intérêt ou de plaisir pour quoi que ce soit. Ils ont aussi tendance à avoir des troubles du sommeil, comme une hypersomnie (un sommeil excessif en journée) ou au contraire une insomnie. Ils perdent tout simplement goût à la vie… le contraire de la phase de manie. Celle-ci est particulièrement difficile à décrypter : il s’agit d’une phase d’exaltation et d’hyperactivité. Le sujet a une humeur très bonne, voire euphorique. Il déborde d’énergie, dort beaucoup moins, peut s’engager dans plusieurs projets d’envergure. Il devient aussi beaucoup plus bavard et enjoué que d’habitude, et son estime de soi est décuplée.

Des symptômes différents selon les personnes

« D’autres symptômes sont aussi [observés], sur leurs deux versants opposés ou pôles : la toute-puissance maniaque ou la culpabilité extrême de la mélancolie, l’absence de besoin de sommeil dans la manie et le besoin de dormir tout le temps dans la dépression, […] l’hyperactivité maniaque et la fatigue dépressive, la désinhibition maniaque et l’inhibition dépressive… », décrit le manuel. Ainsi, les symptômes peuvent différer d’un patient à l’autre, ce qui rend cette maladie difficilement repérable… d’autant plus que les bipolaires peuvent avoir une autre maladie mentale associée. Par exemple, 8 à 10 % d’entre eux sont également borderline : ils ont une instabilité relationnelle et des difficultés à s’attacher. D’autres peuvent connaître une phase mixte, durant laquelle des symptômes dépressifs et des symptômes maniaques coexistent.Tout dépend des personnes et du type de bipolarité : on en connaît deux. Les troubles bipolaires de type 1, qui alternent épisodes de dépression et de manie, entrecoupés de périodes de stabilité. Les troubles bipolaires de type 2, contrairement à ceux de type 1, ne présentent pas d’épisodes maniaques extrêmes. Les personnes souffrant de bipolarité de type 2 sont touchés par des périodes de sévères dépressions, suivies d’une période d’hypomanie – une forme modérée de manie.

A quel moment s’inquiéter ?

Dans le Manuel du bipolaire, on peut lire l’exemple d’une personne qui, pour ses 40 ans, voulait « planter 40 arbres dans le parc de la paix non-loin de chez lui ». Au fur et à mesure, la liste des invités passant de 100, à 200, puis à 500 personnes…  Il tente même de contacter des chanteurs ou des politiques, comme les leaders d’Israël et de la Palestine. Après la fête, qui ne fut pas à la hauteur de ses attentes, « l’euphorie a fait place à la tristesse, aux remords et à la honte ». La phase de dépression qui s’en est suivi a duré des mois. Ce cas illustre bien les débordements que peut avoir une personne bipolaire, qui ne se contrôle plus. Lorsque l’on assiste à un comportement comme celui-ci, qui s’apparente à des troubles bipolaires importants (de type 1), il faut encourager la personne à aller consulter : rien ne vaut le diagnostic d’un professionnel. Il est important pour les proches de comprendre que, en plus du risque suicidaire lors des différents symptômes dépressifs, il y a aussi des risques pour le bipolaire en phase de manie. Très excité, il peut avoir un comportement dangereux et risqué, aussi bien pour lui-même que pour ceux qui l’accompagnent. Savoir repérer les symptômes et les signaux annonciateurs d’une nouvelle crise bipolaire est alors très important…

Une prise en charge longue et difficile

On ne « guérit » pas la bipolarité, mais des traitements peuvent être envisagés, en fonction du patient. Les traitements les plus souvent prescrits sont appelés thymorégulateurs ou régulateurs de l’humeur. Ils permettent chez certains de réduire la fréquence, la durée et l’intensité des épisodes maniaques. Ainsi, l’intensité des crises diminue. Les traitements antidépresseurs pour les bipolaires doivent également faire l’objet d’un examen au cas par cas. Pour certains, le traitement doit être maintenu à vie. Le plus important reste le suivi du patient. Il doit comprendre quels sont les médicaments qu’on lui prescrit, et ce à quoi ils servent. Sa personnalité, ne changera pas, mais ses crises seront régulées.

A lire pour aller plus loin

Le Manuel du bipolaire, Martin Desseilles, Nader Perroud, Bernadette Grosjean ,éd. Eyrolles