Comment reconnaître la dénutrition ?

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Stop aux idées reçues ! Les pays pauvres n’ont pas le monopole sur le sujet de la dénutrition. Elle existe aussi dans les sociétés d’abondance dont la France fait partie. Silencieuse et indolore, cette maladie est particulièrement difficile à identifier. Elle peut pourtant avoir de graves conséquences.

2 Millions. C’est le nombre de personnes dénutries aujourd’hui en France. A l’heure où les pathologies liées à la surcharge pondérale comme le diabète de type 2 ou les multiples maladies cardiovasculaires font la une, la dénutrition continue de sévir en silence. Quelques précisions du Professeur Éric Fontaine, responsable de l’unité de nutrition artificielle au CHU de Grenoble et auteur du « Manifeste de lutte contre la dénutrition en France ».

Une maladie silencieuse et ignorée

La dénutrition correspond à un défaut de compensation des besoins nutritionnels d’un individu par ses apports alimentaires. Un mal discret qui n’agite pas le chiffon rouge. Or, l’alimentation est un élément clé de la guérison, faute de quoi l’état du patient peut vite dégénérer. Mais malheureusement, la dénutrition passe souvent inaperçue. « Le problème, c’est que cette pathologie est généralement associée à d’autres maladies qui coupent la faim. Du coup, elle est considérée comme un simple symptôme alors qu’il s’agit bien d’une maladie à part entière » précise le médecin.

Les populations à risque

Peut-on réellement parler de dénutrition dans un pays qui offre un large accès à la nourriture ? C’est l’absence de faim qui expliquerait que les dénutris ne mangent pas assez. « La dénutrition affecte principalement les personnes dont la maladie ou les traitements de la maladie diminuent la faim ou les capacités de s’alimenter suffisamment » explique Éric Fontaine. Au premier rang, les personnes âgées qui remportent un triste record puisqu’on considère qu’entre 30 et 70 % des seniors hospitalisés souffrent de dénutrition. Suivent ensuite les patients atteints de pathologies chroniques et ceux qui subissent des thérapies lourdes. Par ailleurs, isolement social, problèmes de dentition et insuffisance de ressources sont autant de facteurs exposant à la dénutrition.

Dépistage : un enjeu de santé publique

Prise en compte des personnes à risque, surveillance du poids, étude des apports alimentaires, dosages sanguins : le dépistage repose sur un faisceau d’éléments simples à récupérer. Pour la Haute Autorité de Santé (HAS), la dénutrition se traduit par un IMC inférieur à 18,5 chez l’adulte ou 21 chez les personnes de plus de 70 ans, une perte de poids involontaire de plus de 5 % en 1 mois ou de plus de 10 % en 6 mois. Lutter contre la dénutrition représente un réel enjeu de santé publique puisqu’en combattant les risques de surinfections (cette maladie diminue les défenses immunitaires), le nombre d’hospitalisations et leurs durées se verraient réduits. Les coûts de santé seraient donc eux aussi diminués.

Des solutions pour la traiter ?

A condition d’être dépistée à temps, une prise en charge précoce permettrait de traiter efficacement la dénutrition. Compléments nutritionnels adaptés et nutrition artificielle font partie des solutions. « En revanche, si l’on prend en compte le problème trop tard, il sera très difficile d’enrayer le processus », met en garde le spécialiste. Pour prévenir ces risques de dénutrition, l’association Princesse Margot a fait appel à un grand chef pour mettre au point « les repas toqués ». Depuis le 17 septembre dernier, les jeunes patients du service d’hématologie de l’hôpital Saint-Louis se voient proposer des repas qui donnent envie. Un bon moyen d’améliorer la qualité des repas servis à l’hôpital où la dénutrition touche environ 30 % des personnes hospitalisées.

Le Professeur Éric Fontaine est aussi fondateur du Collectif de lutte contre la dénutrition

Pour aller plus loin

Manifeste de lutte contre la dénutrition en France (éd. Le Bord de l’eau)

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