Comment l’amour passionnel nous détruit ?

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Elle nous dévore, elle nous transporte, elle nous consume. La passion ne connaît pas de demi-mesure. « Tout ou rien », comme on dit. Rien ne peut décrire la passion amoureuse à la justesse du ressenti. A la fois stimulant et destructeur, ce sentiment a pourtant peu à voir avec l’amour. Un psychanalyste décrypte ce phénomène.

C’est une sensation si agréable « d’avoir l’autre dans la peau », mais non sans danger. La passion sévit sur les humains et détruit quiconque croise sa route. Car elle n’a rien d’une histoire d’amour. Tout le monde n’est pas capable d’aimer raisonnablement. Pour Michel Schneider, psychanalyste, « toute passion contient un noyau de destruction et de mort. La rupture passionnelle revient à confondre la fin de l’amour et l’idée de la mort ». Si l’amour est ancré dans la durée, la passion, elle, est hors du temps. Elle se définit par une dépendance à une personne. Cette dépendance affective amène à tous les excès et peut entraîner le manque, la frustration ou le désespoir si l’autre venait à s’éloigner ou disparaître. La personne touchée par la passion va délaisser toutes les autres sphères de sa vie : son job, ses enfants, ses obligations… Rien ne pourra rivaliser avec l’être convoité,  car elle serait prête à absolument tout pour rester à ses côtés. Interrogé par différents médias, Michel Schneider décrypte ce phénomène, qui ne semble épargner aucune génération, à en croire nos 5 témoignages.

Comment naît la passion ?

« La passion n’est jamais séparable d’une expérience du corps, estime le psychanalyste. Feu, flamme, foudre, la passion est d’abord physique ». Ce dernier la considère comme une « maladie sexuellement transmissible ». Il est en effet rare que les cœurs s’éprennent sans que se prennent les corps. A 21 ans, Emma s’est trouvée emportée dans la passion avec un homme de 10 ans son aîné. « Tout a commencé par une nuit. Une seule nuit qui a fait que plus rien n’était comme avant. Le temps s’est arrêté. Nous avions tous deux une envie irrépressible de l’autre. Un besoin qui est vite devenu destructeur et nocif, car plus rien d’autre n’avait d’importance dans nos vies. Lorsqu’on était ensemble l’un de nous ratait systématiquement une journée de travail. Nous ne pouvions pas nous quitter. J’ai 25 ans et je ne suis toujours pas guérie. Nous ne sommes pas un couple aujourd’hui. Quand la passion est trop forte, le quotidien n’est pas possible », raconte-t-elle. Si la passion est souvent mal perçue dans notre société, c’est parce qu’elle menace l’ordre social. « Le seul point positif, selon Emma, c’est que vous continuez à trembler comme une feuille chaque fois qu’il vous embrasse ! ».

Comment savoir si nous vivons une relation passionnelle ?

La sensation du bonheur et surtout, que plus rien n’a d’importance, vitalité extrême, exaltation des sens, acuité des émotions, euphorie grandissante, l’impression que notre vie n’a pas de sens sans l’autre… Voici ce que vous devriez ressentir lorsque la passion tisse sa toile dans votre vie. Il n’y a pas de terme suffisamment explicite pour décrire cette sensation. « On n’a pas le droit de laisser passer un amour comme ça », pensent certains. Et pour cause, si la passion fait souffrir, il est encore plus douloureux de renoncer à l’autre. « Peu importe le mal qu’il pouvait me faire, j’étais incapable de lui résister, nous confie Rose (19 ans) qui vivait un amour interdit avec un homme détesté par ses proches. Son passe-temps favori était de me rendre jalouse. Pourtant, il m’obsédait. Toute ma vie tournait autour de lui. J’ai même perdu des amis par sa faute ».

Comment la passion nous détruit ?

Pour d’autres comme Vincent, âgé de 56 ans, la passion est allée jusqu’à le conduire aux extrêmes. En couple avec une femme souffrant de troubles bipolaires, ce dernier a subi son emprise durant deux longues années. « Elle incarnait tantôt douceur et amour, tantôt méchanceté et manipulation. On s’aimait et on se déchirait en même temps. Chaque fois que sa maladie (qu’elle n’a jamais admise) prenait le dessus, je me disais ‘c’est fini, plus jamais je n’accepterai cela’. Et puis elle redevenait chaleureuse. Elle me faisait craquer en toutes circonstances. Jusqu’à la crise suivante, raconte Vincent. J’étais conscient qu’elle me détruisait, et pourtant incapable de vivre sans elle. Alors un jour, j’ai voulu disparaître. Braquant mon arme chargée à un centimètre de ma tempe, je me préparais à commettre l’irréparable. Mais au dernier moment, je me suis ravisé. Heureusement, car aujourd’hui, j’ai trouvé la force de la quitter. Je suis guéri d’elle ». En effet, la passion nous détruit car, elle nous tend ce piège illogique et si douloureux : l’autre devient le seul remède au mal dont il est la cause. Pour beaucoup, il n’y a pas d’issue, pas de fin heureuse possible à la passion. « De toutes les formes d’amour, la passion est celle où la pulsion de mort se fait le plus entendre, ajoute Michel Schneider. L’indulgence que nous avons pour les crimes passionnels tient à notre conviction que nous avons des droits sur l’autre. La passion nous donne le droit de tuer, voire de nous tuer nous-mêmes pour cesser de souffrir ».

Quand la passion nous pousse à faire du mal à nos proches…

« La passion nous conduit à ‘tout foutre en l’air’ », partage Michel (52 ans). Ce père de famille à l’existence paisible (trop peut-être ?) s’est épris de sa belle-sœur, qui était elle aussi en couple. « Cet amour interdit a duré des années et a détruit toute notre famille. Même lorsque nous avons été découverts, nous n’avons pas pu arrêter de nous voir. Nous étions conscients du mal qu’on causait autour de nous. Mais la passion était trop forte. Impossible de nous passer l’un de l’autre, se remémore Michel. Aujourd’hui, elle n’est plus de ce monde. Je crois que notre séparation l’a tuée à petit feu. Et moi, j’ai juste l’impression de survivre ». Si la passion peut pousser des êtres à détruire leur vie, elle est avant tout autodestructrice selon Michel Schneider. « La séparation, vécue comme un meurtre par le ‘lâché’, est l’un des rares domaines où l’on peut blesser et tuer psychiquement en restant impuni ». Ce n’est sans doute pas pour rien que le mot « passion » est extrait du terme latin « pati », qui signifie « souffrir ».

Quand les maux du cœur gagnent notre corps

« La passion est une dépendance, une sorte de drogue dans laquelle le monde se résume à cette présence jamais assez présente », poursuit le psychanalyste. Une dépendance qui peut même se transformer en véritable danger pour notre santé, si l’objet de tous nos désirs venait à nous fuir. Pour Adèle, âgée de 27 ans aujourd’hui, la passion aurait pu être fatale, alors qu’elle avait 16 ans. « Il s’appelait Romain. Aucun mot n’était assez fort pour exprimer ce que je ressentais. Mais ce n’était pas réciproque : je n’étais qu’une petite amie de plus pour lui, nous raconte-t-elle. Ma frustration était encore plus grande. Je ne dormais plus la nuit, je ne pensais qu’à le retrouver. Je voulais que nos corps ne fassent qu’un, pour l’avoir tout entier. Pour qu’il ne soit qu’à moi ». Et lorsque du jour au lendemain, il décide de rompre, le monde s’écroulait pour Adèle. « Je n’acceptais pas la rupture. Je l’attendais en bas de chez lui, je lui écrivais des lettres…Ma souffrance était telle qu’elle m’a conduit à l’hôpital. On m’a d’abord diagnostiqué l’appendicite. En vérité, c’était psychosomatique. Mon choc, mon manque de lui, a généré une boule dans mon ventre, qui est devenue une péritonite. Aujourd’hui, je suis guérie de lui. Je vis un amour sain qui m’apporte beaucoup. Plus jamais je ne veux revivre une telle passion, ça fait trop mal. Mais je ne regrette rien, car si elle a été destructrice, elle m’a aussi permis de me sentir vivante, et surtout de mûrir ».

*Pour préserver l’anonymat, certains prénoms ont été modifiés

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