Cancer du sein : « Il fallait que j’explique à mes filles pourquoi je fermais la porte de ma salle de bain à clé… »

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Elisabeth de la Morandière revient sur le combat qu’elle a mené contre le cancer du sein il y a 15 ans. A travers son livre, paru en octobre dernier, elle raconte comment la relation patient-médecin a été déterminante.

« On se revoit le mois prochain… ». Telle est la petite phrase qu’entendait Elisabeth à l’issue de chaque consultation avec son oncologue. Aujourd’hui, ces mots sont le titre de son livre, paru en octobre 2018 (éd. Leduc.s). Quinze années après l’annonce de son cancer du sein, Elisabeth revient sur sa maladie : le diagnostic, l’ablation, les traitements, mais surtout son combat, ses peurs et ses espoirs. Le fil conducteur de son histoire ? Ses enfants, présents à ses côtés du début à la fin. Journaliste pour différents titres féminins, Elisabeth avait plus que tout besoin d’inscrire cette période de sa vie sur papier. Dans cet ouvrage qu’elle a co-écrit avec le Dr Didier Bourgeois, son chirurgien oncologue, elle partage sans tabou son ressenti face au cancer du sein. Quinze jours après la sortie de son livre, nous avons rencontré cette ancienne patiente. Elle nous livre ses confidences.

« J’avais confiance en mon médecin, et il avait confiance en moi »

Comme l’explique le Dr Bourgeois au sein du livre, l’annonce du cancer suscite des réactions différentes, propres à chacune des patientes. Colère, larme ou déni chacune gère ce bouleversement à sa manière. Elisabeth de son côté nous décrit ses pensées comme « chaotiques ». « Toutes mes pensées s’entrechoquaient, se bousculaient. J’étais dans le déni et pas du tout prête à entendre ce genre de choses », se remémore-t-elle. Elisabeth se souvient avoir pensé à ses enfants : « Comment ça va se passer pour eux ? Comment vont-ils le vivre ? Comment mon corps va réagir ?... » Commence alors un long combat contre la maladie. Et 15 années après, l’ancienne patiente reconnaît qu’une chose très importante a contribué à sa guérison : la confiance qu’elle avait en son médecin. « C’était très important de m’en remettre à lui en toute confiance. Et lui aussi avait confiance en moi. Il savait que j’allais y aller et me battre. Aujourd’hui, je conseille à toutes les patientes de faire confiance à leur intuition lors du premier rendez-vous avec l’oncologue. Et ne pas hésiter à poser beaucoup de questions, quitte à arriver avec une petite liste ! Si elles ne se sentent pas à l’aise, qu’elles ont le sentiment de ne pas être entendues ou écoutées, elles peuvent consulter un autre praticien », ajoute Elisabeth.

Après l’annonce de la maladie, la patiente a dû se résoudre à accepter l’inacceptable pour sauver sa vie : l’ablation du sein. « Je me souviens qu’à l’annonce de cette possibilité, c’est la vision de mon corps déformé qui m’avait bouleversée. Féminité, séduction, amant, amour…C’est fou ce qu’un petit bout de sein peut faire travailler l’imagination et engendrer tant de nostalgie », partage Elisabeth. Son oncologue, très à l’écoute, a su entendre ses craintes et envisager une reconstruction immédiate, malgré la chimiothérapie et radiothérapie qui allaient suivre. « Il a reconstruit ma féminité, après l’avoir soustraite, afin que, à mon réveil je me sente encore femme, encore moi. Il a donc conservé l’enveloppe cutanée », raconte la journaliste.

« Quand on sort d’une chimio, on a l’impression d’être passée dans une machine à laver »

C’est le lendemain de l’intervention qu’Elisabeth a écrit les premières lignes de son livre. « J’ai besoin d’écrire quand quelque chose me travaille ou me contrarie. Et je me disais qu’un jour, il faudrait que j’explique à mes filles pourquoi la porte de ma salle de bain serait fermée à clé à l’avenir. Jusque-là, elles aimaient s’installer à l’heure de ma toilette dans un fauteuil prévu à cet effet pour me raconter leurs histoires de filles. Désormais, par peur de les choquer avec ma vilaine cicatrice, par pudeur et pour leur future vie de femme, je leur ferme ma porte », raconte-t-elle. Maman de 4 enfants (3 filles et 1 garçon), Elisabeth nous confie que c’est en eux qu’elle puisera sa force. Douze jours après l’opération, les séances de chimiothérapie ont débuté. Et dès la première, la patiente a dû endurer les effets secondaires : douleurs, perte des cheveux, cils et sourcils… et surtout fatigue. « Quand je sortais de la chimio, j’avais l’impression de sortir d’une machine à laver. Essorage 1400 ! En fait, j’apparentais la chimio à un karcher qui était chargé de nettoyer tout mon corps », se souvient Elisabeth. Pour cette dernière, habituée à enchaîner son job de journaliste, sa vie de maman, de femme et d’épouse, le plus dur à surmonter durant le cancer était la fatigue. « Elle venait entraver mes journées ! », résume-t-elle. Et lorsque peu à peu, les effets de la chimio se résorbaient et qu’elle reprenait des forces… la séance suivante se profilait déjà.

« Les petites échéances de la vie quotidienne m’aidaient »

Heureusement, malgré les bouleversements qu’Elisabeth a dû traverser, elle pouvait compter sur le soutien de son mari. « Il ne cherchait pas à fuir, il était doux et aimant. Il me rassurait, il me disait que j’étais belle. Parfois, il se calait à côté de moi, il me caressait juste la tête et cela suffisait à me réconforter », confie-t-elle. De nature positive, Elisabeth est consciente que son optimisme l’a beaucoup aidée dans ce long processus. « M’occuper des enfants, continuer à travailler, vivre au rythme des sorties d’école, des repas à préparer, de tous ces petits riens qui font le quotidien, m’a donné de la force ». Et la journaliste savait qu’en restant positive, ces enfants vivraient mieux sa maladie. « Ils étaient jeunes et je voulais leur montrer que dans la vie, face aux obstacles, on peut trouver des solution et des moyens pour les affronter ».

On se revoit le mois prochain…, Dr Didier Bourgeois, Elisabeth de La Morandière, éd. Leduc.s