Cancer du sein et déodorants : une mise au point s’impose !

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Depuis quelques années, le cancer suscite un bon nombre d’idées reçues. Aliments, cosmétiques ou encore vêtements…Tous ont été des suspects potentiellement liés au développement de la maladie. Sur le banc des accusés figurent depuis longtemps les déodorants, pourvus de sels d’aluminium. Mais le lien est-il avéré ?

En cette 25èmeédition d’Octobre Rose, la lutte contre le cancer du sein était une nouvelle fois à l’honneur. L’occasion ou jamais de faire le point sur la maladie et de mettre fin à certaines idées reçues. L’une d’entre elles concerne les déodorants et ne date pas d’hier. Pourtant, le lien entre le cancer du sein et l’utilisation des déodorants ne semble pas avéré selon les cancérologues. Avant le coup d’envoi d’Octobre Rose, des oncologues et médecins des Hospices civiles de Lyon avaient souhaité faire une mise au point.

A l’origine, une étude suisse menée sur des souris

« Les déodorants provoquent le cancer du sein ». Qui n’a jamais entendu cette mise en garde ? Accusés de favoriser le cancer du sein par un oncologue suisse, les déodorants ont fait l’objet de recherches à partir de 2009. Dans son collimateur ? Les sels d’aluminium contenus dans ces cosmétiques. Le médecin avait remarqué que de nombreux cancers du sein étaient situés dans le quadrant supéro-externe : près de l’aisselle. « Un endroit où, l’épiderme est extrêmement perméable et où se trouve le réseau lymphatique qui draine la glande mammaire », avait expliqué le docteur au journal Le Parisien à l’époque. Il décidait alors d’entamer des recherches. Dans le cadre de ses études, des chercheurs avaient prélevé des cellules mammaires sur des souris et les ont mises en contact avec des sels d’aluminium. Ils les avaient ensuite réimplantées sur des souris saines. « Chez chacune d’entre elles, on a constaté le développement de tumeurs à des degrés divers, formant parfois des métastases », avaient-ils conclus en 2012. Depuis ce jour, les déodorants se trouvent incriminés par un bon nombre de personnes.

Aucune étude menée sur l’homme n’est jamais venue confirmer ces doutes

« Malgré plusieurs études épidémiologiques bien menées, aucune étude menée chez l’homme n’a montré de lien entre l’utilisation des déodorants et la survenue de cancer du sein », affirment les cancérologues des Hospices civiles de Lyon cette année. Et ces derniers ne sont pas les seuls de la communauté médicale à remettre l’étude menée sur les souris en question. « Les conditions utilisées sont très loin de celles d’un usage, même fréquent, d’anti transpirants, notait le Dr William Jacot, oncologue au centre anticancéreux de Montpellier. A ma connaissance, aucune étude épidémiologique ne montre de relation claire entre cancer et sels d’aluminium. Les cancers seraient particulièrement fréquents dans la partie du sein la plus proche des aisselles, mais c’est aussi la zone la plus dense en tissu épithélial, donc logiquement la plus à risque ». Et selon le Dr Elisabeth Luporsi, oncologue à l’Institut de cancérologie de Lorraine, si les déodorants étaient directement liés aux cancers du sein, surviendrait une hausse des cancers bilatéraux, puisque à priori, les utilisateurs en appliquent des deux côtés…  « Et une hausse de cancers chez les hommes qui les utilisent aussi ! », assène l’oncologue.

Quant à la méfiance des autorités de santé (dont l’ANSM) envers les déodorants, elle porte sur les sels d’aluminium certes, mais en vue d’un risque osseux et neurotoxique, non d’un cancer. En clair, la panique qui plane autour des déodorants n’aurait pas lieu d’être… Ainsi si les femmes bannissent le déodorant et continuent à fumer, à boire, à être en surpoids et à prendre des traitements hormonaux, elles auraient tords selon les spécialistes. Si les facteurs de risque du cancer sont multiples, ils n’incluent nulle part les déodorants.

A lire pour aller plus loin

Anticancer du sein, Dr Bérengère Arnal-Morvan, Martine Laganier, éd. Eyrolles